
Automne
Après avoir découvert le commissaire Malin dans « Hiver » puis « Eté », j’ai entrepris avec une vive curiosité et un engouement certain la lecture du tome 3 de cette tétralogie. J’allais retrouver Malin, ses collègues, sa fille ado bien malmenée dans « Eté » et la ville de Linköping, cette fois-ci avec les couleurs sombres et humides de l’automne. Une fois de plus, j’allais suivre une enquête palpitante, entendre la voix des morts et m’attendrir devant les difficultés personnelles et intimes de mon héroïne. J’allais ressentir les effets de la saison dans tout le roman, souffrir de la grisaille, de la pluie incessante et de l’obscurité qui progresse, bref, j’allais m’imprégner intensément de ce roman, y prendre part en quelque sorte et m’évader.
Mais cette fois-ci, je suis restée en dehors, loin de la Suède et du commissariat de Linköping et Malin Fors m’a bien agacée, son intrigue, ennuyée. Quelle déception !
D’abord l’enquête démarre lentement. Notre commissaire est momentanément indisponible. « Son cerveau épuisé a besoin de repos ». Déprimée, fragilisée, elle boit de plus en plus et ce problème occupe une bonne partie du roman reléguant parfois l’enquête policière au second plan, presque accessoire alors. Un comble pour un roman référencé dans la collection « Serpent noir » ! On assiste aussi à une énumération des problèmes personnels de chacun des ses collègues de travail, comme pour justifier de cette pause momentanée, de ce changement de genre dans lequel je ne me retrouve plus.
La 1ère victime est un avocat méprisé et méprisant dont la mort ne semble affecter personne, pas même le lecteur. Il est tellement antipathique que son cas nous importe peu. A partir de cette mort, les nombreuses fausses pistes et digressions se pressent dans la 1ère partie. Souvent vagues et peu convaincantes, elles plongent le lecteur dans l’agacement et l’ennui. Au début de la seconde partie, l’histoire semble vouloir se relancer, s’étoffe, prend du rythme et nous retient quelque temps. Puis tout bascule de nouveau ; Malin s’enfonce dans son alcoolisme et ses actes sont prévisibles et mornes. (cf. sa relation chaotique avec sa fille, sa conduite en état d’ébriété, son inévitable cure de désintoxication…)
Comme dans les deux romans précédents, les morts s’expriment, s’adressent à Malin et sont porteurs d’indices. D’habitude, ces incursions paranormales dans le récit constituent un trait original ; dans celui-ci, elles sont appuyées, infantilisent même le pouvoir de réflexion du lecteur.
De plus, l’histoire est construite de telle manière qu’elle n’offre pas au lecteur la possibilité d’émettre des hypothèses puisque le coupable ne sera évoqué pour la 1ère fois qu’en fin de roman. Même si je ne fais pas partie de ceux qui échafaudent des suppositions au fil des pages pour découvrir le meurtrier par anticipation, ma frustration est grande car l’auteur ne nous donne aucun clé pour participer intelligemment à l’enquête. La distance entre le roman et son lecteur est bien effective et crée la déception. Tout est trop convenu pour un roman à suspense et les rebondissements sont si maigres que ça fait flop. Espérons maintenant que « Printemps » saura réveiller nos sens et notre ardeur engourdis sans doute par l’excès d’alcool et de pluie d’« Automne ».
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 19/04/2011


