Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: En finir avec les idées fausses sur les migrations

En finir avec les idées fausses sur les migrations

par Sophie-Anne Bisiaux

résumé

"Les demandeurs d'asile sont trop bien accueillis en France, cela crée un appel d'air", "Les immigrés ne veulent pas s'intégrer", "Il faut fermer les frontières pour se protéger des terroristes", "Il vaudrait mieux aider les étrangers à rester chez eux"... Il est urgent de déconstruire toutes ces idées reçues qui, en nourrissant la peur et le rejet, servent à justifier des politiques migratoires de plus en plus répressives. Coûteuses, sources de division, inhumaines et mortifères, ces politiques ne profitent à personne. En s'appuyant sur des faits, des données objectives et des travaux de chercheurs, cet ouvrage donne une autre vision des migrations, en montrant que l'accueil est une occasion à saisir pour construire un monde plus juste et plus solidaire, prêt à surmonter les défis sociaux et environnementaux à venir.

Lorsque l’incertitude du lendemain resurgit et nous inquiète, lorsqu’elle menace notre raison et renforce le repli sur soi, il est urgent de ne pas sombrer et veiller à maintenir une vision éclairée, objective et nuancée du monde actuel, au-delà des discours politiques souvent plus opportunistes que rigoureux et sûrs.

Aussi, ce livre tombe à point. Précis et intelligent, accessible à tous, construit avec clarté, il permet, sans grand discours ni dérive, de découvrir une vision très complète (à la fois économique, démographique, sociologique et juridique) et argumentée, des migrations actuelles à travers l’Europe notamment.

Une réflexion dense mais limpide qui révèle toute la complexité du phénomène migratoire et propose, en définitive une autre vision, pleine d’intérêt et pas si folle… Et si finalement ce que l’on nomme la crise migratoire n’était pas simplement et plus justement la crise de l’accueil ?

Construit autour de 5 grandes idées reçues très répandues (le migrant est un homme pauvre et illettré, il nous envahit, nous menace, ; c’est donc préférable qu’il reste chez lui et qu’à ce titre, ouvrir les frontières serait une catastrophe) l’ouvrage s’appuie sur des faits, des éléments chiffrés officiels et actualisés pour mettre en perspective d’autres vérités que celles mises en avant par les politiques du moment, souvent approximatives et partielles.

Ainsi, au fil des pages, se dessine une autre image de l’exil, moins fantasmée. On apprend, par exemple, que les femmes migrent autant que les hommes, que seulement 13% des migrants viennent d’un pays à faible revenu et que ce sont surtout les classes moyennes qui ont les capacités de quitter leur pays et qu’en moyenne, elles sont plus diplômées que la majorité de la population de leur pays.

Bien loin de la pensée du grand remplacement, ce sont d’abord les personnes nées en Europe qui migrent et si 5% de la population en France est issue d’une immigration africaine, c’est une exception en Europe.

Aujourd’hui les migrations internationales représentent 3,5% de la population mondiale et au plus fort de la « crise », en 2015, elles ne représentaient que 0,2% de la population sur le territoire européen. De plus, 69% des personnes exilées dans le monde vivent dans un pays voisin de leur pays d’origine.

En 2022, La France se situe en dessous de la moyenne européenne pour l’accueil des étrangers : soit 6 étrangers pour 1000 habitants et demeure à ce jour l’un des pays d’Europe où l’immigration est la plus faible. De plus, cette même année, elle n’a accordé la nationalité française qu’à 2% des étrangers résidant sur son territoire et il est probable que l’élévation du niveau de langue requis à partir de 2026 et l’examen civique contiendront toute hausse de naturalisation.

L’immigration n’est donc pas une menace pour notre « identité ». Si l’islam est la 2ème religion la plus représentée en France, on constate que seules 20% des personnes se déclarant de religion musulmane fréquentent régulièrement un lieu de culte.

Au niveau du travail, il faut rappeler que les secteurs qui emploient le plus d’étrangers sont les services à la personne, le BTP et l’hôtellerie-restauration, soit les secteurs où les besoins de main d’œuvre sont les plus manifestes. C’est donc une chance pour notre économie.

Alors pourquoi craindre l’étranger ?

A travers un point de vue engagé, convaincant parce qu‘argumenté, pragmatique et très factuel, Ce livre propose également des solutions innovantes pour sortir de l’impasse dans laquelle l’Europe s’est engouffrée et invite à penser autrement. Mettre la solidarité en mouvement pour construire une société plus égalitaire et redonner un sens à l’hospitalité. Une utopie ?

A nous d’y croire ensemble pour que cela devienne réalité.

« S’informer, déconstruire les discours de haine, prendre conscience de ses propres biais racistes, démonter les préjugés, prendre le temps de la rencontre avec l’autre… Changer de regard n’est pas une entreprise facile, mais est loin d’être impossible. »

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 09/11/2025