
Entre fauves
résumé
Dans la jungle terrible jungle, le lion est mort ce soir…
Ce livre qui paraît aux Editions du Rouergue est une prouesse.
D’une construction brillante, d’un rythme à couper le souffle, l’intrigue se déroule au cœur de deux univers éloignés (la vallée d’Aspe dans les Pyrénées et le désert du Kaokoland aux confins de la Namibie ; chacun décrit avec une telle précision qu’on s’y croirait) et entraîne le lecteur en une chasse cruelle et agitée, bien plus complexe et troublante qu’il n’y paraît.
Dans une ambiance de traque carrément inattendue, avec en arrière-plan, un discours écologique et environnemental, le lecteur (qu’il soit d’ailleurs anti ou pro-chasse) n’échappe pas à l’attrait de l’histoire, balloté entre deux personnages principaux que tout semble opposer, Martin le défenseur des ours, le militant extrémiste de la cause animale et Apolline, l’étudiante fascinée depuis l’enfance par la chasse à l’arc et la faune sauvage.
Deux intrigues menées de front dans deux univers distincts dont on sait, d’avance, qu’elles progressent pour se rejoindre dans un final explosif (à peine pressenti, mais peu importe tant ce qui nous y mène est haletant !) qui se joue de nous, de nos convictions, de nos engagements souvent trop hâtifs ou trop simples.
A l’affût des chapitres qui se succèdent, sans possibilité ou presque de se mettre à l’arrêt, pressé par la tension qui se dresse et s’amplifie au fil des pages, voilà, le lecteur, bientôt véritable appât, positionné entre le chasseur et la proie, bien incapable de pouvoir suivre l’un ou l’autre des personnages, désemparé, manipulé habilement par un auteur qui lui, sait exactement où il va.
Car derrière ce divertissement fougueux et sans temps mort, vif, acéré comme une flèche de Mathews AVAIL et empreint d’un certain cynisme, Colin Niel tempère l’activisme radical de certains écolos. Sa lucidité et sa rigueur posent le débat et au final laissent parler la NATURE.
La force de ce roman est aussi là, dans les détails de l’histoire, dans la description des lieux, des fauves et des personnages. Cette précision d’expert, marque de fabrique de Colin Niel, apporte au récit une force incroyable de réalisme qui dépasse le plaisir romanesque et offre au lecteur, (comme à chaque fois d’ailleurs), la satisfaction d’apprendre davantage d’un domaine, d’un endroit dont il savait peu et attise sa curiosité.
Hâtez-vous donc ! Impossible ici de rentrer bredouille ! Dans cette histoire, le coup double est assuré. Entre ours et lion, massif montagneux et désert de poussière, Himbas et chasseurs blancs, vous avancerez aux abois, vous terrerez lorsque deux cents kilos de muscles et de graisse, engourdis par des semaines de sommeil se dresseront et s’abattront sur l’agresseur et vous détalerez à l’approche du fauve lorsque son ombre noire et massive pénètrera dans le kraal et tuera 93 chèvres. Ou bien encore, vous resterez à l’arrêt, pris d’effroi face aux menaces de mort portées par les réseaux sociaux, aussi violentes qu’un tir à la chevrotine.
Mais une chose est certaine, ce livre, vous ne le lâcherez pas !
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 03/09/2020


