Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: La 5e saison

La 5e saison

par Mons Kallentoft

résumé

Le printemps vient de commencer lorsqu'on trouve le corps d'une femme atrocement mutilée dans la forêt. Les blessures rappellent à Malin Förs l'affaire " Maria Murvall " qu'elle avait suivie dans Hiver. Maria avait été violée et frappée sauvagement dans la forêt, et depuis, elle reste murée dans le silence, à l'asile. Malin rencontre une psychiatre à l'hôpital qui fait état d'un cas semblable. Soudain, Malin comprend que Maria Murvall n'est qu'une petite pièce d'un terrible puzzle. Si terrible qu'il est impossible d'y mettre des mots. L'enquêtrice met toute son énergie pour résoudre l'énigme. Elle qui avait été obsédée par le sort de Maria Murvall dans Hiver. Parviendra-t-elle à la sortir du silence ? Cinquième volet des enquêtes de Malin Förs, La 5e Saison séduira les amateurs de Hiver et les autres car l'enquête peut se lire même si on ne connait pas Hiver. Comme toujours dans les livres de Mons Kallentoft, les morts parlent et la nature se déchaine. Malin Förs quant à elle reste ce mélange de force et de fragilité très apprécié des lectrices.

Les saisons passent, Malin Fors, enquête toujours à la police criminelle de Linköping, ville moyenne du centre de la Suède et clôt le cycle entamé avec « Hiver » par « la cinquième saison ». Même si ce dernier opus peut se lire indépendamment des autres, il n’aura pas la même saveur ni le même intérêt. Malin, flic écorchée, ultra-sensible et un brin torturée a fait un certain chemin depuis « Hiver », mené sa propre quête et peut, peut-être espérer, en fin de roman, aspirer à une existence plus heureuse. Aussi est-il intéressant de suivre cette progression, cette lente transformation qui fait du personnage un être de plus en plus réaliste, forcément attachant avec ses fragilités, en tout cas très proche du lecteur, dont elle s’est fait l’amie, incontestablement.

A travers ce roman (le dernier avec l’héroïne ?), l’auteur délivre, par bribes, certaines informations intimes sur son personnage, donne quelques pistes pour comprendre la personnalité, parfois sombre de Malin. Si elle a cessé de boire, son envie d’alcool est encore tenace, la rend parfois nerveuse. Toujours dans le doute, elle s’interroge encore sur le sens qu’elle donne à sa vie, et confrontée à elle-même, bien plus souvent maintenant que sa fille est pensionnaire, elle a du mal à être heureuse. Très (trop) impliquée dans cette enquête de crimes violents et ignobles à l’égard de jeunes femmes, elle est incapable de vivre sereinement sa relation nouvelle avec Peter, médecin fortuné et de se projeter dans l’avenir. Aussi, s’engouffre-t-elle avec ferveur et sans ménagement dans cette nouvelle affaire qui met en scène une jeune femme violée et mutilée, retrouvée dans une forêt, à l’instar de Maria Murvall, précédente victime dans le roman « Hiver » et dont elle s’est occupée.

Comme dans ses précédents romans, Mons Kallentoft laisse parler les morts, exprime leur désarroi dévoile aussi, par ce procédé original, certains indices, fait écho à la sensibilité de Malin qui entend parfois ces voix gémir et demander de l’aide, puis se laisse guider par ces perceptions, ces intuitions irrationnelles et approche chaque fois, au plus près, la vérité. Une vérité rarement agréable, qui dépasse souvent l’imaginable, atroce et inhumaine, où les coupables sont souvent issus de classes sociales hautement favorisées.

Kallentoft porte un regard amer et désabusé sur une société suédoise sans repères, partie à la dérive, intolérante, où la corruption atteint toutes les strates du pouvoir ; une société tellement éloignée du modèle social qui a fait sa renommée autrefois. Peu de concessions également lorsqu’il dépeint les méthodes ultra-violentes du policier Waldemar pour obtenir des indices. Peu condamnées, ces méthodes sont même approuvées et légitimées par le pouvoir judiciaire.

Même si le suspense n’est pas haletant, si rapidement les coupables sont pressentis, ce roman retient pourtant. Par son héroïne d’abord, à la fois efficace (mais qui doute sans cesse) et forte lorsqu’elle mène l’enquête mais si démunie dans sa vie privée, si craintive et vulnérable, que le lecteur a envie de la protéger. Puis, par la tension palpable qui habite les 450 pages, accentuée par un style sec et corrosif, un rythme rapide et enfin par l’expression lucide et convaincante d’une vision très pessimiste de la société actuelle qui n’épargne personne au final. Un vrai roman Noir.

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 24/05/2013