Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon.

Jack London

  • Couverture du livre: La bibliothèque des coeurs cabossés

    La bibliothèque des coeurs cabossés

    par Katarina Bivald

    C'est sans doute le thème de l'histoire, une certaine naïveté, la tendresse et les bons sentiments de ce livre qui rappellent un peu la lecture du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates. Premier roman d'une jeune femme suédoise, il connaît un succès international, traduit déjà dans plus de 20 langues et offre un divertissement agréable et léger, une évasion tranquille et apaisante, empreinte de douceur et d'optimisme. Plus proche de la rêverie que du réalisme, le roman ne s'inscrit pas vraiment dans le vraisemblable mais donne pourtant envie d'y croire, rassure sur le genre humain, transcende le pouvoir des livres et de la lecture, fait du bien, tout simplement. Mais sans plus.

    Des lettres échangées entre une jeune femme suédoise libraire mal dans sa peau et un vieille dame américaine de l'Iowa, grande lectrice sont le point de départ d'une aventure sensible et attachante que le lecteur suit avec plaisir et sans effort. Mais sans plus.

    "Si sa vie avait été un roman, elle n'aurait sans doute même pas été un personnage secondaire."

    Sara Lindqvist a perdu son emploi à la librairie Josephsson de Haninge et répond à l'invitation d'Amy Harris, une vieille dame cultivée qu'elle a connue sur une plateforme d'achat de livres d'occasion. Munie d'un visa touristique de trois mois, Sara se rend à Broken Wheel. Lorsqu'elle arrive dans cette petite ville de l'Amérique profonde, son amie est morte. "La rue principale se composait de quelques maisons de deux côtés de la chaussée. La plupart étaient fermées et à l'abandon, sinistres dans les derniers rayons de soleil de l'après-midi. Les magasins avaient des vitrines sales ou barricadées."

    Seule, un peu perdue, elle rencontre rapidement les amis d'Amy qui l'accueillent chaleureusement. Naît alors le projet de monter une librairie dans la ville avec les nombreux livres de la vieille femme. "Elle était persuadée que Broken Wheel se porterait mieux dès que ses habitants se mettraient à la lecture". Autour de cette idée insolite, les habitants se révèlent, sortent de leur routine, se libèrent de leurs tourments, à la fois par la lecture et l'amitié, osent se défaire de leurs frustrations, soignent quelques souffrances et renaissent véritablement à la vie. Sans trop de difficulté ni d'épreuves violentes.

    Un ensemble de personnages plein d'attrait, parfois drôle ou pathétique, issu d'une plume bienveillante, qui, grâce à Sara et aux livres, s'extirpe du marasme d'une ville sinistrée et quasi-éteinte, entreprend, lâche enfin prise, (re)découvre l'amour, le sentiment d'être utile à l'autre. Tour à tour, George, Jen, Caroline, Tom, Grace, John, Andy, Claire, Carl et Josh, se racontent, livrent des bribes de leur existence, exposent leur fragilité, deviennent héroïques et séduisent le lecteur, de préférence sensible. Mais sans plus.

    La lecture est plaisante et sympathique, sans d'autre ambition, que de distraire et d'émouvoir mais de temps à autre, une petite lassitude pointe. La gentillesse peut agacer parfois et quelques soubresauts dans le fluide ininterrompu de bons sentiments, de douceur et de tendresse, de philosophie positive dynamiseraient un rythme devenu plus pesant au moment notamment où le visa de la jeune fille arrive à expiration.

    Par ailleurs, les références de livres qui égrènent tout le roman, sorte de clins d'œil complices au lecteur, sont autant d'incitations à la lecture que de marques de reconnaissance, de connivence entre les amateurs de littérature du monde entier.

    Si cette histoire suscite d'autres envies de lecture, inhérentes ou pas au roman, c'est surtout l'envie de la librairie confortable, intime et proche, sympathique et chaleureuse qui tente. L'avez-vous trouvée ? Moi, oui !

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 03/06/2015