Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: La fille américaine

La fille américaine

par Monika Fagerholm

résumé

1969, une presqu'île de Finlande. Une jeune fille américaine, Eddie de Wire, vient rendre visite à sa tante, installée dans la Maison de Verre. Deux garçons tombent éperdument amoureux d'elle et, lorsqu'elle disparaît si vite et sans raison, on retrouve le corps de l'un d'eux pendu dans une grange. C'est le début du Mystère de la fille américaine qui va hanter la vie des habitants du lieu. Doris et Sandra, encore enfants à l'époque du drame, se lient d'une amitié exclusive, qui se nourrit de leur fascination commune pour cette affaire. Mais d'autres mystères affleurent : qu'est devenue Lorelei, la mère de Sandra ? Est-elle partie avec son amant ? L'a t-on assassinée ? Un jour, le corps de la jeune fille américaine remonte à la surface du marais de Rule. Mais s'agit-il bien d'elle ?

Voici un roman troublant sur les affres de l’adolescence, la découverte de soi, l’éveil à la sexualité, les amitiés exclusives dans les années 70.

Tour à tour, sans véritable logique temporelle, des enfants devenus adultes s’expriment sur la disparition d’une jeune fille américaine, Eddie, venue rendre visite à sa tante et retrouvée noyée dans le marais de Bule.

Sous des allures de thriller, ce roman exprime, souvent dans la confusion et l’excès de descriptions, les sentiments d’angoisse, de peur et de doute, le malaise qui s’exhalent des êtres adolescents en quête d’identité. Ancré dans une période psychédélique, il se fait l’écho, dans sa forme même, d’une ambiance destructurée, onirique et parfois délirante où désenchantement et douleurs de l’âme habillent des êtres fragiles. De nombreuses références musicales (extraits de chansons), liées à la période décontenancent le lecteur non initié et ôtent à la lecture une certaine fluidité.

Néanmoins le caractère inédit du roman, presque expérimental retient l’attention et traduit avec éclat le monde hermétique de l’adolescence.

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 06/06/2011