Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: La fille du van

La fille du van

par Ludovic Ninet

Premier roman du journaliste Ludovic Ninet, la Fille du van, séduit par son naturel, sa spontanéité. Vivant, sans artifice, sincère, sensible, sensuel, il touche immédiatement et sans contrepartie.

Fluide, le récit se déroule à vive allure et le lecteur est emporté par cet élan, attiré par les personnages un peu cabossés, généreux et authentiques. Il a envie de croire à cette histoire, à la possible reconstruction de vies douloureusement éprouvées.

Par ailleurs, la fraîcheur du style, le rythme ardent, la description lumineuse et agréable des paysages méditerranéens de l’Hérault nourrissent l’intrigue avec élégance mais sans démesure et offrent, au final, une échappée plutôt réjouissante qu’il serait dommage de laisser filer.

Sonja fuit. Depuis dix mois, elle n’a pas donné signe de vie à sa famille. Revenue d’Afghanistan, où elle exerçait comme infirmière dans l’armée, elle est hantée par des cauchemars. Sa mission l’a détruite. Incapable d’aimer, de s’occuper de son jeune fils, elle n’existe plus qu’à travers l’odeur de la mort et de la peur, viscéralement imprégnée en elle, n’entend plus que le bruit des bombes, les tirs de sniper.

Maintenue en vie par les psychotropes et de petits boulots, elle guette la folie qui la menace désormais autant que son passé traumatique. « Trouver à manger, c’est devenu le sens de son existence. L’instinct de survie. Rien d’autre. »

Engluée dans un désespoir profond, ne sachant plus vraiment pourquoi elle tient, elle va pourtant rencontrer, dans cette errance tourmentée, Pierre, un ancien athlète olympique, Abbes, un ex-taulard, fils de Harkis et Sabine, une employée dans un supermarché ; tous les trois attirés par cette jeune femme fragilisée et prêts à tout pour lui redonner vie et rêver ensemble d’un autre destin ailleurs.

Sensibles et attachants, les personnages se mettent à nu, racontent les épreuves qui les assaillent, les regrets, la culpabilité, la douleur, leur impuissance à être heureux, leur vulnérabilité. Dans cette noirceur qui les unit, parfois avec maladresse, chacun, doucement, ose croire à sa délivrance à travers autrui et à la possibilité de retrouver le goût de l’existence et la capacité à aimer.

Racontée à travers une unité de temps assez brève, l’intrigue se pare alors d’une intensité palpable, rend compte de l’urgence à vivre, mais, tempère aussi un peu sa vraisemblance et échappe, à certains moments, à la tonalité réaliste de l’ensemble du roman.

Mais qu’importe si la rapidité avec laquelle les personnages se conquièrent, se lient d’amitié ou d’amour, peut paraître foudroyante, un peu excessive et moins crédible, le lecteur, lui a envie d’y croire, intérieurement exalté par la relation et l’espoir qu’elle fait naître.

Et si la fin, plus discutable, arrive trop vite et n’ajoute rien à l’émotion déjà puissante du désespoir qui habite les personnages, la force du livre ne vacille pas. Et l’envie de vivre, explose.

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 06/09/2017