Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: La revanche de Mike Larsson

La revanche de Mike Larsson

par Olle Lönnaeus

Si vous recherchez une ambiance typiquement nordique, sombre et brumeuse, ce roman va vous décevoir car il pourrait se passer ailleurs qu’en Suède. Contrairement à « ce qu’il faut expier », son premier roman paru en France, « la revanche de Mike Larsson » ne possède pas une empreinte prononcée de polar nordique, s’attache moins à décrire la société suédoise dans son ensemble même si l’intrigue se passe dans la même ville, une petite ville, Tomelilla. Ici l’auteur présente un groupe de personnages qui vit assez refermé sur lui-même, le décrit dans un microcosme, plus universel que précisément suédois. Néanmoins, les thèmes de l’immigration, du racisme, de la montée de l’extrémisme, déjà présents dans le précédent roman, trouvent ici aussi une certaine résonance et témoignent de la difficulté des milieux sociaux populaires provinciaux d’intégrer facilement une population étrangère lorsque leurs propres conditions de vie se trouvent déjà altérées.

Mike est un looser, un pauvre type alcoolo qui a passé le tiers de son existence en prison. Mais, à sa sortie, il a décidé de mener une vie rangée afin de récupérer au plus vite la garde de son fils Robin, confié à une famille d’accueil pour le moins détestable. Il est soutenu par son ami d’enfance, Rolo, mentalement fragile, qui l’héberge. C’est ce trio atypique qui fait l’histoire. Pas d’enquête ni d’intrigue véritables, pas de suspense haletant, juste le récit d’événements plus ou moins dramatiques qui se succèdent et mettent en danger l’harmonie de cette « famille ». Un père, qui ne peut se défaire de son passé de voyou et se voit contraint de replonger dans des affaires douteuses, un fils adolescent, en perte de repères, tenté par la mouvance néonazie et un ami, fragile mais attachant, prêt à tout pour réunir père et fils. Ce sont ces relations fortes qui créent le roman, tout le reste semble bien secondaire et elles ôtent aux autres personnages, toute présence et tout intérêt. Ils demeurent lointains aux yeux du lecteur ; seul le trio retient l’attention. Et c’est peut être ce qui fragilise ce roman justement, nuit à sa vraisemblance, malmène son côté réaliste. Tout semble flou, en dehors des trois personnages, et ne convainc pas le lecteur. Les personnages de Linda, du père d’accueil ou du journaliste ou même ceux des policiers manquent d’envergure pour séduire et retenir l’intérêt du lecteur. Ils n’ont pas d’existence en comparaison avec le trio, ne font pas le poids finalement.

De plus, le parti pris de l’auteur de faire de Mike Larsson, un héros malgré lui, (cf. le titre), de rendre son personnage de plus en plus émouvant et attachant, au fil des pages alors qu’il apparait au début du roman, comme un voyou sans grande finesse, annonce sans surprise l’épilogue et déçoit quelque peu le lecteur avide de rebondissement et de surprise. En définitive, ce roman ressemble peu à un roman policier, plus à un drame social où trois individus tentent une nouvelle existence et y parviennent, au-delà de leurs actes répréhensibles, grâce à la chance et à la bienveillance dont l’auteur les entoure mais sans l’adhésion du lecteur, plutôt sceptique, peu convaincu par les événements qui se succèdent sans beaucoup de vraisemblance et ôtent au roman finalement, tout crédit policier mais non pas romanesque. Même si la traduction déçoit quelque peu aussi, manque de qualité et gêne parfois la fluidité de la lecture.

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 05/12/2012