
Le caveau de famille
Pour qui n’a pas lu Le mec de la tombe d’à côté, cette lecture ne s’impose pas. Le caveau de famille se présente comme la suite du roman précédemment cité. Il reprend les mêmes personnages et leur fait vivre de nouvelles situations sans d’autre originalité que le décalage de milieux sociaux opposés, certes exprimé avec drôlerie dans le précédent roman mais bien fade dans le second, avec une impression de déjà vu et de déjà lu. Aussi, contentez-vous du premier et ne vous livrez à la lecture du second que de manière involontaire ou par vive curiosité. Mais de surprises, il n’y a pas. On s’ennuierait presque avec Désiré et Benny.
Quelques précisions cependant pour les lecteurs obstinés. Voici l’histoire de Désiré, bibliothécaire dans une petite ville suédoise qui rencontre Benny, agriculteur célibataire. Une idylle qui fonctionne malgré les différences culturelles et sociales. Cette rencontre narrée dans le mec de la tombe d’à côté se décline sous forme de comédie légère et drôle.
Dans ce deuxième volume, Désiré et Benny souhaitent avoir un enfant. Ils s’offrent trois tentatives pour réussir. Bingo ! Désiré se retrouve enceinte. Les deux tourtereaux ne vivent pas encore ensemble puisque Benny cohabite avec une cousine, Anita. Et pourtant la venue d’un enfant va bouleverser leur environnement. Sans trop hésiter, Désiré rejoint la ferme de Benny. Commence alors une vie de couple, finalement très ordinaire, avec des hauts et des bas. La routine s’installe au fil des ans et plus rien alors ne nous surprend. Et c’est là qu’est la déception. Désiré, si dynamique, enjouée, drôle et originale dans le premier tome, devient une mère de famille fatiguée, nerveuse, impersonnelle. Comme si la maternité lui avait ôté toute sa finesse d’esprit, son charme. Elle se retrouve cantonnée aux tâches ménagères, s’occupe des enfants (oui, il y en aura plusieurs), accepte de ne pas partir en vacances, délaisse peu à peu son travail, régresse intellectuellement sans jamais vraiment réagir. Et cette résignation est désolante. « Le Benny s’était sans le moindre problème coulé dans le rôle du Mari Suédois Traditionnel, et je l’avais laissé faire. »
Benny, lui, poursuit son activité agricole avec les aléas conjoncturels plutôt mauvais, et les dettes qui s’accumulent, fatigué par les gosses malades, les nuits courtes et une femme moins désirable qui est devenue mère à temps plein (« on n’avait pratiquement pas fait l’amour depuis avant la naissance d’Arvid […] Je ne sais pas à qui la faute – Parfois je pense que c’est parce-que sa chemise de nuit était imbibée de lait ! Pas très sexy ! ») Un quotidien convenu qui s’emboite finalement assez bien avec celui de Désiré. Comme si, finalement, tout rentrait dans l’ordre, au profit d’un malheureux ennui pour le lecteur.
Certes, le rythme est toujours aussi alerte (style nerveux, phrases courtes), l’alternance des points de vue des deux narrateurs, un atout qui donne de l’envergure au récit. La lecture est fluide et agréable, facile et légère mais au final, une lecture qu’on oublie aussi vite qu’on l’a lue. Humour et finesse en moins (la caricature est un peu forcée parfois). Décidemment, pour votre bonheur, restez près de la tombe et refermez le caveau !
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 21/03/2011


