
Le clan Snaeberg
résumé
Du thé glacé au thym arctique
Construit comme un huis-clos théâtral, ce roman policier islandais place en seconde ligne l’enquête et sa résolution mais centre plutôt l’histoire autour d’une famille générationnelle de plus de 20 personnes.
Plus qu’un suspense haletant, c’est d’abord le lieu unique et insolite, oppressant - un hôtel de luxe à l’architecture minimaliste et austère au cœur d’une nature désolée - qui crée l’ambiance, puis l’entrée en scène des personnages, à tour de rôle, tous porteurs de failles, aux comportements ambivalents, empreints de troubles psychologiques divers et potentiels criminels ou victimes.
Avec une certaine lenteur, le décor et les personnages s’installent et l’intrigue se déploie sur deux temporalités proches, celle du jour de la disparition d’un membre de la famille et de l’enquête qui démarre et celle, antérieure de 2 jours, où la famille se réunit pour l’anniversaire du patriarche.
La famille Snaeberg a fait fortune dans la pêche, il y a bien longtemps et occupe aujourd’hui une place d’importance dans le milieu industriel islandais. Il n’est pas rare de voir figurer régulièrement à la Une des tabloïds ou sur les réseaux sociaux, la vie privée de l’un ou l’autre de ses membres. Aussi, pour Irma, employée de l’hôtel, recevoir autant de célébrités en une fois, suscite beaucoup d’effervescence et une certaine excitation.
Ce roman choral porté par quelques personnages principaux qui s’expriment en alternance, relate très progressivement des histoires de vie personnelle, des accidents de parcours qui, au fil des pages, vont livrer des secrets, raviver des rancœurs, éveiller une certaine paranoïa, attiser la curiosité du lecteur et soulever des hypothèses sur la victime mystérieuse et le criminel associé.
Le lieu « on ne se sent pas bien entre ces hauts murs de béton », la nature environnante, hostile et menaçante lorsque la météo s’en mêle, « un champ de lave en plein hiver » contribuent efficacement à transformer le cadre en un espace malaisant, inquiétant, qu’il faudrait fuir. La tension sourde pénètre le lecteur, lui fait tourner les pages avec intérêt, les fausses pistes aussi.
Cependant, l’instabilité psychologique des personnages provoque pas mal de doutes dans son esprit et complexifie l’enquête. De plus les personnages possiblement impliqués dans le crime mais pas toujours précisément décrits, nécessitent souvent de se référer à l’arbre généalogique proposé au début du livre car les prénoms et noms islandais ne se mémorisent pas facilement.
Par moments l’abondance de détails (inutiles ?) freine le rythme de l’intrigue, diminue l’enthousiasme à poursuivre. Enfin, l’inspecteur Saevar, chargé de l’enquête et son acolyte Hördur sont trop évanescents pour raviver l’attention.
Néanmoins, les sentiments de jalousie, de vengeance, de frustration, propres aux relations familiales conflictuelles, les traumatismes de l’enfance et leur résurgence à l’âge adulte sont finement dépeints et offrent au récit une intensité psychologique réaliste qui dépasse l’intrigue policière.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 05/03/2026


