
Le Roman d'Alexandre
résumé
Mourir une fois pour vivre pleinement
Ce livre est un voyage. A travers les montagnes, entre la France et l’Afghanistan, à travers plusieurs époques et plusieurs formes narratives. Parfois conte, parfois documentaire, parfois épistolaire, parfois journal intime, il exhale une profondeur empreinte de gravité, de douleurs et de violences contrebalancées par la beauté des lieux, la résistance humaine, l’amour absolu, l’hospitalité et la dignité du peuple afghan.
Emaillé de vers poétiques persans, de sourates du Coran, le roman immerge le lecteur au cœur de décors somptueux de l’Hindou Kouch, lui raconte une culture authentique, invite à l’évasion. Seulement, au détour d’une phrase, sur les lignes de crêtes et les replis de la montagne, dans les abris de roche, la guerre, absurde et sanglante, dévastatrice interrompt toute contemplation et fige brutalement.
Alexandre est chasseur alpin. Originaire de Savoie, il est pourtant né en Afghanistan lors d’une mission humanitaire au sein de l’ONG MSF où travaillaient ses parents. Attiré par ce pays, en quête d’un lieu originel, il quitte Ava, sa fiancée pour plusieurs semaines. Cette mission prévue dans la vallée de la Kapisa sera la dernière. Ensuite il se mariera et s’installera dans le village alpin.
Au-delà de la mission de combat qui le mène sur la piste d’un seigneur de guerre taliban sanguinaire, Alexandre franchit les montagnes en quête de lui-même, du mystère de sa naissance. “Quelque chose en lui est d’ici”. Mystère qu’il ne peut révéler à personne, surtout pas à l’armée qui guette les fêlures.
Accompagné de ses hommes et d’un interprète afghan, Basir (qui rêve de gagner la France avec sa femme à l’issue de cette mission) Alexandre pénètre de plus en plus intimement et dangereusement dans les villages montagneux afghans ; jusqu’à l’assaut final.
“Garder le cap, ne pas se poser de questions.”
Pourtant l’histoire n’est pas un récit guerrier même si la peur des soldats, la tension permanente, l’angoisse de la mort, la vie quotidienne à la caserne, les traumatismes engendrés, incarnent une réalité pleine d’effroi, insensée et vaine. “Ils le savent, aucune arme n’amènera jamais la paix, ni ne viendra à bout d’un mouvement de résistance que leurs offensives ne font que renforcer.” Dans ces moments-là, le lecteur ne semble pas avoir d’autres choix que de capituler face au chaos du monde et à la folie des hommes et de s’enfoncer dans un sombre désespoir.
Mais les montagnes tiennent le 1er rôle, restent le lien essentiel, viscéral, entre Alexandre et les siens. “Les montagnes, elles nous tiennent debout même quand tout vacille.” Dépeintes avec éclat et somptuosité, une précision et une justesse poétiques, l’Hindou Kouch comme les Alpes savoyardes, rendent alors le monde plus supportable, portent avec elles l’espoir, la liberté, “la promesse des petits bonheurs […] le goût du lait, le chant du torrent, le parfum de la montagne.”
Incontestablement les plus belles pages du livre s’écrivent ici dans ces paysages et également lorsque Louis Meunier, explorateur passionné de l’Afghanistan s’attarde sur la culture ancestrale de sa population, évoque son hospitalité, sa fierté, ses codes d’honneur et de vengeance, ajuste au plus près son regard, sans la distance du voyageur européen.
Il observe aussi longuement, ébloui, au-delà de la guerre, l’harmonie des lieux. “Alors on sent grandir en soi une envie de s’élever vers le ciel et on a l’impression de toucher à l’essentiel.” Le lecteur aussi.
Le Roman d’Alexandre est à l’image d’une tragédie antique. Déchirant et lyrique. Ainsi “l’Afghanistan est une terre qui aspire les hommes, mâche les âmes, précipite le destin” et hante, longtemps après avoir refermé le livre.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 19/04/2026


