
L'écriture sur le mur
Découvrir une nouvelle enquête de Varg Veum, c’est comme retrouver un vieil ami, un comparse : c’est un plaisir et cela fait du bien ! Ce personnage est devenu si proche de son lecteur, si réel, que quelques lignes suffisent pour pénétrer, de nouveau, dans la ville brumeuse de Bergen. Et pourtant l’ambiance n’est pas vraiment salutaire mais plutôt glauque et glaciale.
Une adolescente a disparu et est retrouvée morte, quelques jours plus tard. Toujours aussi concerné par les adolescents, Varg Veum mène son enquête avec un profil d’éducateur-détective et ne se lasse jamais d’interroger la famille, les proches avec une insistance appuyée toujours justifiée et pourtant déconcertante, souvent agaçante, voire insupportable pour les personnes concernées. Mais cet entêtement est pour nous, lecteur, un gage de professionnalisme de notre héros, sa marque de fabrique qui nous rassure sur sa forme. Il semblerait, en effet, que Varg aille mieux. Sa vie se stabilise, ses histoires sentimentales semblent devenir sérieuses et durables (cf, Karin, sa copine de l’état-civil), il ne boit presque plus. S’il n’y avait cet avis de décès à son nom, reçu par la poste et ces appels téléphoniques l’informant de sa mort prochaine, notre homme serait plutôt tranquille et affable.
Le voilà pourtant contraint, de nouveau, de plonger au plus profond d’une jeunesse désespérée, sans repères, que la drogue et la prostitution ont condamnée d’avance, quel que soit le milieu social. L’occasion alors de dénoncer toute une société corrompue où même les structures éducatives reconnues ne font plus leur travail, où la famille jette l’éponge, se désengage, n’assume plus son rôle et évite une remise en question jugée trop éprouvante, dérangeante et vaine. Devant ce constat effrayant, ne peut naître qu’une tragédie. Les victimes, ici des jeunes filles, témoignent d’une misère sociale et culturelle mais aussi de l’éclatement du noyau familial qui structure et là, tous les milieux sont concernés. Un peu moralisateur, notre détective, il est vrai mais toujours amer et désabusé. Et la colère monte lorsqu’il doit aussi faire face à un milieu mafieux bien implanté en Norvège (pays pourtant réputé sûr et paisible) ; qui l’oblige alors à utiliser des méthodes « très personnelles », peut être discutables, mais diablement efficaces comme de coutume et qui témoignent, une fois de plus, de sa vivacité.
Un roman sans surprises, une intrigue plutôt classique sans doute mais qui conforte le lecteur, le sécurise. Car même si la société s’ébranle de plus en plus, si la jeunesse n’a plus d’idéal, Varg Veum, lui, conserve la même ligne de conduite et continue à se battre avec la même ardeur et la même sincérité. Pour longtemps encore, espère le lecteur habitué. Un conservatisme convaincant, c’est plutôt rare !
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 10/02/2011


