Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: Les ours s'embrassent pour mourir

Les ours s'embrassent pour mourir

par Hervé Claude

Si le manque de lumière, la grisaille et le froid automnal vous font frissonner, c’est le moment idéal pour plonger dans le dernier roman d’Hervé Claude « les ours s’embrassent pour mourir ». Ici, tout est chaud. On est en Australie, à Melbourne où la canicule menace d’embraser la ville et ses environs et l’intrigue se passe dans les milieux homosexuels « virils » (bears) où l’ambiance est plutôt torride, là aussi.

Ashe, homosexuel et accessoirement employé dans une compagnie d’assurances a décidé de concrétiser une rencontre née sur internet –Victor- et rejoint ainsi Melbourne. Victime d’un sordide traquenard, il se retrouve agressé, presque noyé, et enfin prisonnier puis usurpé de son identité. Mais notre vaillant héros est un homme redoutable, intelligent qui ne vacille pas sous la menace, au contraire. Il parvient à prendre le large et mène alors une course poursuite contre ses ennemis et nous entraîne, à un rythme effréné, dans les méandres du milieu homosexuel.

Sa quête est passionnante, gagne en consistance puis se clarifie au fil des pages et met en scène un autre personnage haut en couleurs, sorte de sosie, Marco David, qui devient le fil conducteur de l’intrigue. Homme fuyant depuis des décennies, il nous conduit de France vers l’Italie (son pays d’origine), jusqu’en Afrique pour s’échouer en Australie. Et délivre peu à peu une vie mouvementée, souvent triste et violente.

En parallèle, un flic ami d’Ashe, Cattrioni se retrouve, malgré lui, à mener une enquête, la même mais pour d’autres raisons et sous un angle différent. Les récits des deux amis vont alterner au fil des chapitres pour se réunir en fin de roman et cette double narration crée une tension particulière, oppressante mais excitante, qui fait toute l’originalité du roman et captive le lecteur qui ne parvient plus à lâcher le livre. On est emporté par le rythme haletant et, comme les protagonistes, on arrive à bout de souffle aux derniers chapitres, pressés de comprendre enfin la personnalité de Marco, homme décidemment bien mystérieux, loin de l’image évidente du voyou criminel.

A mesure que l’étau se resserre autour des personnages, le feu gagne la région de Melbourne et encercle le récit lui-même. Les fumées, la chaleur nous font suffoquer ; on est au bord de l’asphyxie ; tout s’embrase, tout menace…

Puis le calme revient, les héros sont sauvés, Melbourne retrouve une température clémente et on respire enfin ! Ouf !

Un roman qui donne envie de se plonger de nouveau dans l’univers australien, parfaitement maîtrisé et renseigné, de l’écrivain Hervé Claude et dont l’écriture limpide , agréable et subtile rend la lecture savoureuse et vraiment intéressante. Une belle découverte !

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 03/11/2010