
Louis parmi les spectres
Le père de Louis ne ressemble pas au personnage héroïque du super papa ; il n’appartient pas non plus à la famille du clown distrait et maladroit mais intensément drôle que l’on trouve aussi, souvent dans les livres pour enfants. Non, le père de Louis ne fait pas rêver. Vulnérable et fragile, mélancolique, il fait parfois honte à Louis. Surtout lorsqu’il boit et “pleure pour distraire sa douleur” .
La mère de Louis n’habite plus avec son mari. Son appartement est situé au-dessus de l’autoroute métropolitaine, bruyante et polluée et s’il n’y avait pas les voitures à observer avec son copain Boris et son petit frère Truffe, Louis penserait que la vie n’est décidément pas simple ni très douce. Ni franchement heureuse non plus.
Pourtant, au-delà de la pluie, du chagrin, de la maison grise et du jardin en friches sans l’odeur de la vie d’avant (lorsqu’ils étaient quatre et formaient une famille), il reste des éclats de lumière, des touches furtives de couleurs capables d’égayer le quotidien, de tromper l’ennui et la tristesse. Des instants pour grandir et rêver de projets audacieux plus enchanteurs.
Les souvenirs heureux (les vrais comme les faux), Billie, “la sirène à lunettes”, son amoureuse secrète, le soleil des vacances, la nature en été, le voyage à New-York, l’odeur des gâteaux, la musique soul, contrebalancent les inquiétudes et les tourments de Louis, esquissent des moments d’espoir tellement magiques qu’il s’en saisit avec ardeur et urgence. Si indispensables pour résister, devenir courageux et au final surmonter les épreuves de la vie.
“L’amour c’est comme une roche qui nous explose le cœur, qui fait mal autant qu’il fait vivre, et qui donne envie de fuir en même temps qu’il nous empêche de le faire.”
Une narration poétique, ultra-sensible et pleine de vie, d’une justesse introspective absolue, toujours à hauteur d’enfant, si simple et proche, tellement vraie, que toute distance avec le lecteur s’efface alors et laisse ce dernier, pénétré simultanément à son tour, d’une immense peine et de douces joies. Entre sourires et larmes délicates, il se lie à l’histoire, à Louis et à sa famille entière. A la fois bouleversé et épris par cet attachement inattendu et tellement bienfaisant.
La douceur des traits, les nuances de couleurs tantôt sombres ou colorées mais toujours apaisées procurent à l’album une lecture sans pathos, tranquille et émouvante, magnifique. Essentielle.
“La houle dans son cœur”.
Et si au détour d’une page, votre regard se brouille, votre voix décline ou chevrote, si le silence s’impose un bref moment pour retenir le sanglot dans votre gorge, ne luttez surtout pas car la joie qui demeure au final, dépasse l’ordinaire. Du rarement lu ! “Tellement étonnant qu’il faudrait inventer un autre mot pour le décrire, bétonnant peut-être” ?
Dès 10 ans.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 15/01/2017


