
Mon doudou divin
Une couverture rose bonbon et un titre enfantin ont réservé ma lecture pendant quelques semaines. Aussi, sans véritable engouement ni beaucoup d’ardeur, (d’autant que le « caveau de famille », son précédent roman m’avait déçue) j’ai entamé la lecture du nouveau livre de Katarina Mazetti.
Au final, une histoire agréable, sans prise de tête ni réelle surprise mais distrayante, dans l’ensemble. Ce roman, plutôt drôle et amusant, sans prétention, pourra aisément et sans difficultés combler une soirée oisive, offrira même le plaisir au lecteur de retrouver dans les deux personnages principaux, un peu de sa voisine, de sa copine ou de sa famille voire de soi-même. Bref, un livre familier, ni exceptionnel, ni inédit, simplement sympathique et douillet. Une lecture de proximité, en quelque sorte.
Wera, journaliste indépendante est en quête de scoops pour assurer ses fins de mois. Une petite annonce d’un stage à « la Béatitude », affichée à la superette du coin et la voilà disposée à passer trois semaines avec d’autres stagiaires « pour trouver et créer sa propre foi », et en finir avec les dieux soleils et le bouddhisme zen « qui fout les rotules en l’air ». De ce séjour, elle va rédiger une série d’articles prometteurs et lucratifs, espère-t-elle. Madeleine, femme plus névrosée, tiraillée par la culpabilité et les questions incessantes. « Elles étaient comme une infection dans mon corps, un peu comme les douleurs articulaires qui s’installent plusieurs jours avant que le rhume n’éclate ». Au bord de la dépression, à la recherche d’un « Moi perdu », elle espère, grâce à ce stage, être en mesure d’affronter la vie plus sereinement, se libérer d’un fardeau et retrouver l’équilibre qui lui fait actuellement défaut. Tour à tour, au fil des chapitres, elles vont exprimer leurs sentiments, raconter à leur manière (bien différente l’une de l’autre) ce qui se passe et détailler les autres protagonistes de ce stage : Bertil, le médecin radié au gilet de laine tricoté main, Karim, le musulman iranien à la tête de chouette, la femme Grise qui surveille de près tout ce qui se passe et les organisateurs, Annette, vêtue d’une couverture de cheval indienne brodée et Adrien qui parle comme un sauveur et ressemble à un dictateur. Véritable microcosme d’une société suédoise où les clivages sociaux animent les forums de discussion quotidiens où chacun prêche à tour de rôle, prêtent à rire et rendent bien délicates les aspirations religieuses de tous, fragilisant l’harmonie et la réflexion philosophique.
Rien n’est à prendre au sérieux finalement et l’auteur se moque gentiment de cette quête spirituelle, souvent superficielle, un brin ridicule et vaine. Elle tourne en dérision les gourous et autres maîtres (cf. l’envolée lyrique d’Annette p.81 qui s’achève par « Merde au Seigneur, le chef de file des persécuteurs de femmes tout au long des siècles. Je lui crache droit au visage, à ce barbu…), amuse le lecteur ça et là, jusqu’aux révélations intimes de Madeleine, parfois si pathétiques, qu’elles rendent le récit soudain moins léger, sans pour autant en changer la tonalité générale.
On s’amuse dans ce stage et chaque personnage est un divertissement à lui seul. Une lecture à prendre comme telle, qui ne délivre, au final, aucun message évident (c’est un peu dommage, d’ailleurs) si ce n’est peut être que chaque être humain est en quête de quelque chose sans réellement savoir pourquoi, ni vers quoi il veut tendre. « Une bande de chercheurs de sens, qui, si elle trouvait réellement les réponses à ses énigmes, serait un dieu elle-même. »
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 20/05/2012


