
Passages du désir
Ce livre est une curieuse et heureuse découverte. Abordé presque par hasard et sans attente particulière, il crée de l’étonnement, du plaisir, fortifie et divertit. Lu en continu, il accueille le lecteur avec simplicité et charme, à travers une écriture agréable et fluide, délicate et attrayante, sans excès. Sensiblement féminine et très juste. Quel plaisir !
Une histoire inattendue, presque fantasque ou farfelue mais dans laquelle le lecteur se laisse conduire d’emblée et de manière irrépressible, attiré par deux personnages qui s’expriment en alternance à la 1ère personne ou à distance, par la voix d’un narrateur omniscient et bienveillant.
Intensément séduit par ce rythme polyphonique nuancé et expressif, il glisse avec allégresse dans le récit, accueilli naturellement, tel un hôte.
A la fois osé et tout en retenue, hors des conventions mais jamais indécent, le récit parle d’amour, de désir et de plaisir charnel. Ni cynique ni mièvre, porteur d’espoir et hardi, il bouleverse un peu l’ordre établi, offre une belle revanche à la vieillesse inéluctable des corps et invite l’esprit à se libérer de ses peurs. A ne jamais renoncer.
Le désir est pluriel et de tous les instants de la vie. Ce livre le rappelle avec une telle conviction et une telle grâce que le lecteur n’a pas envie d’en douter. Ardemment réjoui.
Titus a 23 ans et se laisse porter par la vie, “dans un état de sereine vacuité”. L’image à la télévision d’une femme (d’un certain âge), Clara Davidson dont on annonce la disparition inquiétante à Zanzibar et une phrase énigmatique captée simultanément sur l’écran et tirée probablement de son journal intime, précipitent brutalement Titus dans un état de bouleversement incontrôlable. Cette agitation soudaine, cette “éruption de fantasmes” réveillent son existence et le conduisent, sur un coup de tête, jusqu’à Zanzibar.
“Il l’aime déjà, sans encore discerner s’il est amoureux de la phrase, de la main qui tenait le stylo ou de la personne qui l’a écrite.”
Animé d’un désir dont il ne maîtrise pas bien les contours encore, il enquête sur place, bien décidé à retrouver cette femme. Au fil des contacts qu’il crée et à travers les pages du journal intime dévoilé, se dessine l’existence de Clara, veuve d’un célèbre couturier et propriétaire d’une chambre d’hôtes sur l’archipel. “Elle rayonnait, avec une grande simplicité”
Les voix des deux narrateurs s’entremêlent, semblent même fusionner par moments et livrent l’histoire troublante et romanesque de Clara, de sa naissance jusqu’à sa disparition et au-delà. Une existence insolite, hors-normes et magnétique à travers laquelle Titus construit progressivement la sienne, guidé par le désir et l’émotion, le sentiment de liberté et l’éblouissement du lieu.
Un voyage initiatique aux allures de conte poétique, réconfortant et sensuel que l’on quitte à regret.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 30/06/2017


