Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: Piège à mouches

Piège à mouches

par Fredrik Sjöberg

Voici un livre pétillant, à l’instar de sa couleur ; hors du commun, intelligent et drôle, captivant et réellement stimulant pour l’esprit comme pour le corps. Un livre qui donne envie de réfléchir sur l’existence, qui donne envie de se balader, de profiter de la nature. Un livre qui donne envie d’aller mieux, propose même des clés pour y parvenir avec l’air de rien, en toute simplicité mais avec beaucoup de finesse et de brio. Un livre subtil à découvrir de toute urgence.

Et pourtant, l’histoire peut paraître foncièrement insipide et rébarbative. Elle met en scène un narrateur entomologiste, passionné de mouches et grand admirateur de René Malaise (1892-1978), autre entomologiste suédois réputé pour l’invention d’un piège à insectes (le piège Malaise). C’est le récit d’une passion de collectionneur associée à une admiration pour un confrère et l’heureux prétexte également pour débattre tour à tour, sur l’amour, la mort, l’art, la nature, la science, la littérature, le temps qui passe ou encore le sens que l’on accorde à l’existence. Bref, un véritable petit traité de philosophie utile qui ne dit pas son nom, léger dans sa prose, sans prétention mais qui fait mouche !

Avec un sérieux plutôt gai et accessible, le narrateur nous livre sans détour sa passion pour les mouches, les syrphes principalement, et son désir exalté de collectionneur.  « Comprenez-moi bien, nous parlons de plaisir et rien d’autre […] Une occupation apaisante comme un travail artisanal et tout aussi excitante. ». L’origine de son engouement, il le doit, en partie à René Malaise et à ses expéditions à travers le monde dans des contrées sauvages, parfois hostiles. Avec un réel bonheur, que l’on ressent intensément au fil des pages, il relate l’existence passionnante de son maître, digne des récits d’aventure des grands explorateurs sans pour autant lui ôter la rigueur de toute démarche scientifique. Sous une apparence farfelue, le narrateur s’en tient pourtant aux faits mais captive sans efforts le lecteur. Le voyage au Kamchatka, par exemple, un brin nostalgique, séduit par son exotisme et les anecdotes qui s’ajoutent au récit sont savoureuses et drôles, un enchantement pour le lecteur, un réel plaisir.

Le parcours personnel du narrateur est tout aussi intéressant et la passion qu’il dépeint éveille nos sens. Rapidement voilà que la nature nous interpelle : l’envie de se promener, de prendre le temps d’observer ce qui nous entoure, de contempler insectes et végétaux titillent notre être tout entier. Notre environnement prête soudain à la rêverie, apporte du plaisir ; il devient nécessaire de sortir prendre l’air, vivre une aventure à portée de main et d’esprit. Et pourquoi pas, d’entamer une collection ! Finalement le sens de l’existence est peut être plus simple qu’il n’y paraît et le bonheur moins inaccessible qu’on le supposerait.

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 17/10/2011