Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon.

Jack London

  • Couverture du livre: Pourquoi pas ?

    Pourquoi pas ?

    par David Nicholls

    Parce que la logique éditoriale ne suit pas toujours l’ordre chronologique, voici le 1er roman de David Nicholls, récemment paru en France, soit environ un an après la parution de son 2ème roman « Un jour », vif succès en Grande-Bretagne, comme en France d’ailleurs et adapté au cinéma, à l’instar du 1er, d’ailleurs.

    Si vous êtes nostalgique des années 80 (et de Kate Bush, notamment) et si, dans ces années-là, vous avez été, de surcroît, étudiant à l’université, alors ce livre est fait pour vous. Si ce n’est pas le cas, il vous est également destiné car il offre à tous la possibilité d’un bon divertissement, des éclats de rire assurés, une réelle détente. Humour british garanti ! Pitreries, facéties et autres mésaventures désopilantes qui sentent le vécu et l’autodérision. C’est fin et c’est drôle ; bref un roman idéal, vraiment populaire, pour aborder la rentrée avec gaieté et légèreté.

    Partager une année à l’université avec Brian Jackson, c’est plutôt « cool », vous allez voir… et sans ennui ! Ce jeune homme est l’archétype même de l’étudiant moyen, plutôt fade, qui aspire, entre deux canettes de bière, à devenir cultivé, riche et aimé, intelligent et beau. « Je veux assister à des concerts de musique classique et savoir à quel moment on peut applaudir […], je veux m’immerger dans le monde des Idées, je veux comprendre les théories complexes, je veux des idéaux politiques […], je veux utiliser en toute confiance des mots comme « éponyme », « solipsisme » […] je veux faire l’amour en toute sobriété à des femmes belles, sophistiquées. » Et la tâche est immense lorsque l’on se sent idiot, « grisâtre », « victime type de la peste, ravagée de bubons », qu’il faille s’accommoder d’une coiffure effet « lapin rasé ». Mais Brian Jackson est héroïque malgré lui, prêt à tout pour séduire la fantasque et séduisante Alice, comme participer à un célèbre quiz télévisé anglais « University Challenge » (« Questions pour un champion » local), fil conducteur du roman.

    Une année universitaire en fait où il est très peu question de cours et de littérature anglaise mais plutôt de la préparation au jeu télévisé ; où l’on apprend davantage à fabriquer de la bière, s’initier au sexe, se modeler un corps de rêve (quand c’est possible), découvrir pubs et restos du coin. Un monde où l’on boit sans cesse, dort peu, étudie médiocrement, car, en définitive la société semble terne et glauque, peu attirante (si l’on prend notamment comme modèle les parents d’Alice ou la mère et « l’oncle » de Brian), finalement peu prometteuse et cruelle (Thatchérisme oblige). Et pour ne pas sombrer, Brian s’en détache et s’en moque, à coups d’échecs pourtant et d‘humiliations sévères dont il se relève toujours, tel un innocent (qu’il n’est pas).

    Si parfois le ton frôle la caricature, si les beuveries, nombreuses, lassent un peu, l’ensemble reste vraiment drôle et grinçant et Brian, souvent ridicule, séduit car il se moque constamment de lui-même, tourne sa piètre vie en dérision, sans jamais voiler ses mesquineries ou ses intentions pas toujours recommandables et forcément alors, cette sincérité et ce trait d’esprit ironique valent la sympathie du lecteur et tous ses encouragements, dans les dernières pages lors de sa prestation au jeu télévisé dont le lecteur appréciera (ou non) l’issue.

    Alors, si vous êtes prêts à étirer votre sourire largement, à remonter du fond de votre gorge, quelques rires coincés depuis un certain temps, et à vous esclaffer en solitaire, au seul risque de déranger votre entourage, ne tardez plus et « Pourquoi pas ? » Lisez !

    Mise en garde spéciale pour les quarantenaires : cette histoire risque de prendre un air nostalgique tant les références, même si elles sont avant tout anglaises, raviveront leur jeunesse lointaine et leur rappelleront, non sans cruauté, qu’ils ont bien vieilli. Pour tous les autres, juste un moment de détente savoureux dans une humeur joyeuse, un brin cynique.

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 14/08/2012