
Quelques jours à vivre
A travers ce roman graphique absolument utile et d’une tonalité très juste et soutenable, Xavier Bétaucourt, l’auteur et l’illustrateur, Olivier Perret, permettent au lecteur de découvrir le quotidien d’une unité de soins palliatifs à Roubaix.
Témoignage documenté d’un intérêt journalistique incontestable, l’ouvrage capte avec sensibilité et beaucoup d’humanité le quotidien du personnel hospitalier et saisit aussi, avec une infinie pudeur, les émotions, les peurs, les angoisses de quelques patients face à la mort, devenue ici une réalité imminente.
Entrecoupé de présentations de rites funéraires éloignés de ceux de notre société occidentale, retraçant les origines de la médecine palliative et les lois sur la fin de vie, nuancé sur la pratique de l’euthanasie, le livre, plus éclairant qu’engagé, met en avant l’humanité dans les soins et rappelle, page après page, que la mort fait partie de la vie mais qu’il reste toujours difficile, même pour un personnel formé, de s’y habituer.
95% des patients qui arrivent dans ce service hospitalier de l’hôpital de Roubaix sont en phase terminale. La durée d’hospitalisation est en moyenne de onze jours. C’est peu et en même temps suffisant pour s’attacher aux patients, vivre leur mort, à chaque fois comme un micro-deuil. Le personnel, est là par vocation, la plupart du temps, suite à une histoire personnelle. La mort d’un proche a orienté leur vie professionnelle, renforcé l’humanité qu’ils souhaitent développer dans leurs soins.
Attentifs, bienveillants, chaleureux « on est là pour soigner. Pas pour guérir », à tour de rôle, de l’élève infirmière, au médecin, de l’infirmière à l’aide-soignante, en passant par le cadre administratif, la psychologue, ils racontent, se racontent, expriment leurs difficultés, leurs relations aux malades, à la famille, à la mort.
Sensiblement, ils font part de leur fatigue, leur lassitude quelquefois, de l’impossibilité parfois de trouver la bonne distance. Mais dans un centre palliatif, il y aussi des moments où la bonne humeur prend le dessus, où le rire s’installe, libérateur, où des phénomènes étranges, irrationnels hantent le service, comme si la mort, ici, n’était pas qu’un fait biologique.
Si le personnel occupe une place centrale dans le roman graphique, le lecteur accompagne quelques patients en fin de vie, perçoit l’immense solitude de certains, la douleur déchirante, la sagesse ou le détachement de quelques autres.
Sobrement, sur la pointe, des pieds, avec une économie de mots, la force du noir et blanc, le plus souvent, la mort tient le premier rôle, à la fois omniprésente symbole de vie. Intensément.
Et dans ce lieu, elle finit peu à peu, malgré les souffrances, le chagrin et l’angoisse à devenir acceptation. C’est à la fois beau et triste. Nécessaire et digne. A ne pas manquer.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 20/09/2017


