
L’usure d’un monde Une traversée de l’Iran
résumé
Derrière chaque personne qui meurt battent mille autres coeurs
Inspiré par l’écrivain-voyageur Nicolas Bouvier et fasciné par la lecture de « L’usage du monde », François-Henri Désérable entreprend de partir en Iran sur les traces de cet auteur.
Fin 2022, peu de temps après la mort de Masha Amini et le mouvement de révolte Femme, Vie, Liberté, dans un pays hautement sous tension, il entame son périple audacieux à travers l’Iran.
Ce qu’il livre aux lecteurs est un formidable voyage à la fois curieux, attachant, insolite et picaresque, sans prétention. Au plus proche des gens ordinaires, sur un rythme alerte et à travers une écriture sans artifice et enthousiaste, il délivre des anecdotes parfois drôles, des particularités culturelles mais laisse aussi percevoir et ressentir le règne de la peur que la dictature au pouvoir distille à chaque coin de rue, dans chaque maison. Une immersion dans un pays sous surveillance permanente. « La mollarchie absolue »
Un récit documenté mais vif, sans pesanteur, spontané ; une aventure intensément vivante, tournée vers l’autre qui devient au fil des pages un témoignage captivant d’une société écrasée par un régime totalitaire mais qui ne renonce pas, malgré les arrestations et les morts, et résiste de tous côtés, se bat tous les jours pour devenir libre. « Parmi ces visages, comment reconnaître ceux qui sont opposés au régime ? Il suffit d’ouvrir les yeux, tout le monde ou presque en Iran est opposé au régime. »
De Téhéran à Qom, Ispahan, Chiraz, Yazd, au désert de Lout, à Zahedan au Baloutchistan puis à Saqqez, au Kurdistan, François-Henri Désérable voyage sur les traces de Nicolas Bouvier, seul la plupart du temps, parfois avec des compagnons de route européens rencontrés sur place. Il décrit ce qu’il voit, ceux qu’ils rencontrent, ses (més)aventures, sans d’autres intentions que de raconter, donner à voir et ressentir l’Orient.
« Les Français m’avaient dit : N’allez pas en Iran. Les Iraniens m’avaient dit : Allez bon où vous semble mais n’allez pas au Baloutchistan. Les Baloutches m’ont dit : Bienvenue chez nous. »
Observateur et convivial, léger et drôle, audacieux, il partage ses surprises d’ordre culturel, ses déboires personnels. Sans se départir d’un naturel sincère, il se réjouit de l’hospitalité des Iraniens autant qu’il redoute les interrogatoires de police.
Il ne s’appesantit pas sur les événements qu’il traverse mais l’atmosphère des villes : commerces aux rideaux baissés, allées de bazars désertes, restaurants fermés, voitures de police partout, intensifient les actes de révolte de la jeunesse iranienne et illumine leur résistance et leur courage.
« Vous avez d’un côté un peuple déterminé à chasser du pouvoir un régime corrompu, et de l’autre, un régime corrompu déterminé à s’y maintenir […] Le bruit de leurs balles aura bien du mal à recouvrir celui de nos voix. »
Ainsi à travers le regard d’un voyageur altruiste, généreux et sympathique, le lecteur traverse une aventure pleine de dépaysement, de rebondissements et d’évasion mais conjointement il respire aussi la peur et le courage du peuple iranien face à un régime islamique usé mais toujours aussi cruel.
L’actualité récente vient encore de nous le rappeler. Avec horreur et impuissance.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 14/02/2026


