
Tous les jours, Suzanne
résumé
Le haricot épileptique
Avec de l’élégance, de la légèreté, de l’humour et un brin de poésie, la Grande Sophie se dévoile. Au quotidien. Et s’adresse sous forme de lettres à Suzanne, une amie imaginaire.
Une sorte d’autobiographie elliptique qui raconte des moments ordinaires, sans excès ni sensationnel mais avec une sensibilité et une fraîcheur attachantes, qui pourraient facilement nous ressembler.
A l’image de la plupart de ses chansons, elle nous fait découvrir sa fantaisie, son originalité, sa dérision. Sans jamais s’appesantir sur les épreuves de la vie, elle raconte sa carrière artistique davantage que sa vie intime mais si elles s’entremêlent çà-et-là. Ces lettres libèrent avant tout une grande générosité, beaucoup de douceur et une infime nostalgie. Elles intéressent.
« J’ai toujours souhaité être grande pour savoir ce que j’allais devenir. Maintenant que je le suis, tout me dépasse. »
Un récit sympathique, agréable à lire, bien rythmé. Si toutes les lettres n’ont pas la même intensité, elles comportent des anecdotes bien ancrées dans leur époque, expriment aussi bien l’insouciance que l’angoisse, les peurs, les choix, la musique, son industrie et le succès mesuré qu’elle lui attribue, l’enfance puis le temps qui passe, l’amour qui dure, toujours.
Des constats réalistes sur l’âge qui avance : « je n’aime pas cet âge que mon métier rend ingrat […] 50, les nouveaux arrivent, on est sur un siège éjectable ; 60 c’est bien pire […] je tiens, encore et encore. » Ou encore sur l’obligation d’avoir toujours de l’énergie et le corps endurant : « le public te veut éternellement en forme, il peut penser que c’est un caprice si tu n’es pas là ». Et sur son métier qui prend toute la place. « Je perds souvent pied, je ne sais pas trop ce qui va arriver. Je redouble de travail. »
Un retour sur le passé bien présent, sur des parents excentriques mais aussi sur des séries télévisées inoubliables, sur la chanteuse Nikka Costa ou sur le catalogue de la Redoute qui ne peuvent que réveiller les propres souvenirs de tous ceux et celles nés à la fin des années 60 ou au début des années 70 et nous faire alors frissonner de regrets beaucoup trop doux pour meurtrir. Quel plaisir !
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 14/02/2026


