
Un album de jeunesse
Dans un format original à l’italienne, sous coffret, proche de celui du bloc à dessin, les éditions Gallimard présentent aux lecteurs la première œuvre connue de Wilhelm de Kostrowitzky, futur Guillaume Apollinaire. Un ensemble de dessins et quelques poèmes réalisés entre 1893 et 1895, à l’époque où le jeune adolescent vivait à Monaco avec sa mère et étudiait au collège Saint-Charles.
Acquis par l’amateur d’art Pierre Bergé, ce carnet à couverture noire, dorée sur tranche à l’origine n’est pas un journal de bord mais livre cependant, si l’on sait les reconnaître, quelques informations sur les années de jeunesse du futur poète français et intéressera incontestablement les passionnés et spécialistes de l’auteur. Pour les autres, il est une découverte curieuse et touchante même s’il n’est pas toujours aisé de pressentir le talent à naître d’Apollinaire.
Néanmoins, les explications fournies par Pierre Calzergues en fin d’ouvrage, universitaire et spécialiste d’Apollinaire, invitent à pénétrer avec davantage d’intensité et d’attention les différents dessins qui composent ce carnet. Portraits au fusain de personnages historiques (Vercingétorix ou Alexandre le Grand) issus probablement des ouvrages scolaires d’histoire) dont on pourrait même soupçonner qu’ils ont été décalqués puis appropriées, portraits plus sensibles de gens ordinaires (marin, vieille femme qui tricote…), portraits religieux, assez nombreux et paysages constituent l’essentiel de l’ouvrage.
Certains, selon Pierre Calzergues, rendent compte d’une période de la vie de l’auteur mal connue des biographes et se laissent assez facilement interpréter ; d’autres plus énigmatiques resteront mystérieux mais toutes révèlent l’esprit curieux du jeune homme, sa culture étonnante (et pas seulement religieuse) et un imaginaire déjà vif.
On y décèle son goût pour l’assemblage surprenant du texte et des illustrations, annonciateur des futurs calligrammes, son penchant pour la caricature et les figures religieuses, les images de nuit également et le rythme qu’il offre à l’un de ses poèmes, Noël (vers octosyllabiques) préfigure déjà celui de La chanson du Mal Aimé.
Objet de curiosité plus qu’œuvre d’art, ce livre est à réserver d’abord aux amateurs d’Apollinaire.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 13/10/2015


