Lire et écrire sont deux points de résistance à l’absolutisme du monde

Christian Bobin

Couverture du livre: Un très bon plan

Un très bon plan

par Xavier-Laurent Petit

Xavier-Laurent Petit, écrivain talentueux pour la jeunesse raconte ici sa découverte passionnante d’une institution de formation professionnelle, celle des Compagnons du devoir. Organisme de formation encore mal connu aujourd’hui, tant la voie royale pour poursuivre des études, reste la filière générale. A travers le parcours atypique de sept jeunes, il met en valeur le travail manuel, le savoir-faire d’exception et pénètre avec intimité au sein d’une structure ancestrale, très codifiée, exigeante, encore peu ouverte aux femmes, qui vise l’excellence du travail manuel et forme, au final, les meilleurs artisans de France.

Pour les Compagnons, un manuel, « c’est un intellectuel  qui sait se servir de ses mains » et selon Xavier-Laurent Petit, un compagnon c’est un « jeune équilibré, enraciné dans son savoir-faire ». L’histoire de ces sept itinéraires, racontée comme un roman, fait tout simplement rêver et amène à reconsidérer ensuite les choix d’orientation actuels qui font de la formation professionnelle, le « réceptacle » de tous ceux « qui ne peuvent pas faire autrement ».

C’est certain, à l’issue de cette lecture, les « aprioris » négatifs ou les jugements faciles sur ce type de formation devraient changer et peut être alors les modèles de réussite pour nos enfants, différeront-ils également ?

Un livre qui s’adresse à tous, se dévore comme un roman passionnant, écrit avec beaucoup de soin et une simplicité d’accès qui devraient séduire les jeunes adolescents, notamment. En effet, chaque parcours présenté attise notre curiosité, se lit avec intérêt tant les personnes sont présentées avec attachement et émotion, semblent proches.

Que ce soit Yann, le plombier, Elodie la tapissière, Michel l’ébéniste, Jérémy, le maréchal-ferrant, Yannick, le menuisier, Caroline, la boulangère ou Yann, LE spécialiste dans l’art du galuchat, tous présentent leur parcours avec une grande sensibilité, expriment sans détours leur passion du métier qui les pousse à devenir les meilleurs, les plus recherchés à travers le monde entier. Avec humilité toujours, sans excès ni vanité. Même si leur parcours peut être semé d’embûches, de travail acharné et démesuré, exclusif, même s’il témoigne d’une volonté d’acier, d’un véritable combat parfois avec soi-même, c’est l’impression de bonheur qui domine, le sentiment d’être privilégié, d’avoir accompli un rêve, alors que rien, au départ, ne les prédestinaient à réussir, à devenir des élites, à détenir un savoir-faire si exceptionnel qu’il les éloigne définitivement du chômage.

En parallèle, sous forme d’intermèdes, Xavier-Laurent Petit, précise le fonctionnement des Compagnons du devoir, leur système d’alternance longue (6 semaines d’affilée en entreprise et 50% du smic)leurs rites initiatiques, les maisons des Compagnons (avec la Mère et le Prévôt), le principe du Tour de France, leur lexique si particulier (aspirant, cérémonie d’adoption, lapin, coterie…) l’accès encore limité aux femmes, reconnaît que tout apprenti qui intègre les Compagnons du devoir ne devient pas forcément Compagnon (seulement 3%).

« On ne devient pas Compagnon sur un coup de tête. C’est l’aboutissement d’un cheminement personnel et professionnel long et exigeant, qui nécessite non seulement de solides compétences techniques mais aussi les qualités personnelles et humaines exigées par la communauté des Compagnons. »

Un ouvrage complet, curieux, une belle aventure initiatique, parfaitement adapté à la griffe éditoriale de l’Ecole des Loisirs.

Cécile Pellerin - Chronique publiée le 27/05/2013