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Jack London

  • Couverture du livre: Une histoire de cancer qui finit bien

    Une histoire de cancer qui finit bien

    par India Desjardins

    Le titre du nouvel album d’India Desjardins, illustré par Marianne Ferrer est explicite. Ainsi l’histoire n’emmène pas le lecteur là où il ne souhaiterait pas aller, ne le plonge pas dans un désarroi profond, une lecture insoutenable.

    Sans jamais employer une tonalité déchirante, avec la distance de l’espoir annoncé, le livre, infiniment juste et sobre, raconte avec la force du vécu, l’épreuve douloureuse d’une adolescente, atteinte d’une leucémie à dix ans.

    Pendant cinq années, la jeune fille ne mène pas une vie complètement ordinaire, mais grandit, malgré tout. Raconté à la 1ère personne, le récit est pénétrant, intime et bouleversant mais toujours très digne, sans excès de pathos.

    De la description du milieu hospitalier, où elle doit désormais vivre, de ces couleurs neutres et impersonnelles, de cette odeur spécifique, une sorte de mélange de désinfectant et de corps malade, piquante sans être complètement fétide, du bruit de l’activité ininterrompue autour d’elle, devenu, avec le temps, familier et rassurant, de la relation profonde avec Maxine, sa compagne de chambre, de la douleur qui épuise et donne parfois envie de mourir, le personnage se rappelle et livre, par bribes, sans s’attarder, ces instants difficiles mais surmontés.

    “Je n’ai jamais perçu ce que je vivais comme un combat, puisque je n’avais aucune arme.”

    Avec délicatesse, l’auteure saisit l’esprit tourmenté de la jeune fille, explore sa colère, son agressivité vis-à-vis de ses parents, rapporte ses doutes, sa culpabilité (“si jamais je n’y arrive pas, maman, tu seras déçue de moi ?”) et avec le même talent, laisse exhaler l’amour qui les lie tous, viscéralement.

    A vif, à travers de rares dialogues, le récit, çà et là, offre des bouffées d’émotion, noue la gorge, mais furtivement, sans indécence. Résistant, avant tout. Il a la volonté et le talent de présenter son héroïne, comme une jeune fille ordinaire et très contemporaine, animée de préoccupations semblables aux adolescentes de son âge, avec peut-être une conscience plus aigüe de ce que VIVRE signifie.

    Les illustrations de l’artiste Marianne Ferrer, aux couleurs pâles et très douces délivrent une atmosphère feutrée, ultra-sensible, parfaitement fusionnelle avec l’écriture d’India Desjardins. Les personnages, par leurs visages profonds mais épurés, disent la tristesse, le désarroi, le chagrin, la peur, mais aussi la joie, l’espoir, le bonheur, tous animés par leurs émotions. Sans masque, ni artifice. Immédiatement attachants.

    A partir de 11 ans.

    India Desjardins est notamment l’auteure remarquée d’un autre album, tout aussi superbe, Le Noël de Marguerite

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 19/11/2017