
Voyage au bout de l’enfance
résumé
Le jour de la poésie
Ce très court roman dont la couverture laisserait facilement supposer qu’il est à destination de la jeunesse est en fait une tragédie de bout en bout, une horreur asphyxiante, racontées à travers la voix d’un enfant.
Il n’y a pas de répit ou si peu, aucune lumière d’apaisement. Sa brièveté, l’écriture simple et vive, sans détours, très pure et attachante assurent une lecture continue et intense, empreinte d’une inquiétude et d’une tristesse intarissables. On en sort, secoué, révolté, impuissant, meurtri et en colère contre la folie et l’obscurantisme de fanatiques endoctrinés.
Fabien est encore un petit enfant mais déjà il aime ardemment deux choses : le football et la poésie. Inscrit en CE2 à l’école Jacques Prévert de Sarcelles, il est bon élève. Fils unique aimé par ses parents, ses grands-parents, Ariel son copain, il mène une vie ordinaire et plutôt heureuse. Qui s’arrête le jour de la poésie en classe.
« Ils m’ont dit que c’était le paradis ici ».
Au terme d’un voyage éprouvant avec ses parents, il arrive à Raqqah et devient Farid, C’est d’abord l’ennui qui le gagne dans l’Etat islamique puis la tristesse de ne plus pouvoir lire les poésies proposées par M. Tannier, jouer au foot avec ses amis de quartier ou encore les parties de jeu des sept familles avec sa grand-mère.
Au fil des semaines puis des mois, la promiscuité, la violence et la barbarie, la guerre et la mort deviennent le quotidien et l’école coranique, les lionceaux du califat, ne permet ni poésie ni foot mais oblige au maniement des armes. Aussi les rêves demeurent la seule échappatoire à l’Enfer de Daesh. Mais pour combien de temps ?
Le camp d’Al-Hol en Syrie kurde offre si peu de répit. « La faim, le froid et la merde des fois ça rend les gens fous. » Si la poésie, les colis envoyés par les grands-parents, Balaban, le gentil gardien kurde de l’enclave ou encore l’espoir ténu de rentrer en France aident à fuir la réalité, un moment cela ne suffit plus pour soulager la peine même si « on peut pas pleurer pour tout et tout le temps. On finit par plus avoir de larmes. »
« Cette guerre a tué plus d’enfants que de militaires ».
De votre côté, lecteur, en pénétrant dans ce camp, vous échapperez au choléra, à la tuberculose, à la dysenterie, à la faim et au froid, aux bombardements, aux gifles des gardiens, aux interrogatoires de la DGSI, à la folie d’une mère mais vous n’éviterez pas le chagrin et la douleur. Durables et profonds.
Bouleversé sans doute aussi et ébranlé par un jugement (trop) hâtif. « On ne mérite plus la compassion des gens parce qu’on est responsable ? A onze ans, je suis un monstre ou une victime ? »
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 08/03/2026


