
Chaïma, Jacek, Ning
Deuxième volume de nouvelles liées au thème de l’immigration et destinées à la jeunesse, le livre de Valentine Goby met en scène de jeunes héros exilés en France et raconte avec limpidité, l’origine de leur voyage, leur intégration, l’importance de la famille et l’ordinaire de la vie, au final, qui les rattrape et les rend si proches de l’adolescent d’ici.
A travers six histoires, six époques différentes, six voix différentes, l’auteure évoque, avec intérêt, les mouvements de population successifs qui ont transformé la France d’aujourd’hui en un pays diversifié. En retraçant les drames de l’Histoire, elle met en avant également la disposition de la France à accueillir les étrangers au cours du XXème siècle.
Et naturellement, grâce à une écriture lumineuse, directe et en même temps paisible, elle invite le jeune lecteur du XXIème siècle à maintenir ce lien solidaire avec les réfugiés actuels et à les accueillir dignement.
Rythmées sans temps mort, concises et efficaces, les histoires aux 22 chapitres très courts et dialogués, sont toutes prolongées par un dossier documentaire sur les origines migratoires, complétées par une chronologie et un lexique. Une annexe éclairante qui donne envie d’aller plus loin et offre une perspective encore plus intéressante à la fiction.
“Je m’accroche à la France, à ce qu’on m’apprend, pour oublier le reste. ”
Anouche est Arménienne et vit à Valence. Elle a fui le génocide, accompagnée de sa mère. De cet exil, de cette histoire douloureuse, elle ne veut pas de souvenirs. Une parenthèse dans laquelle le temps aurait été suspendu. Mais les cauchemars, vivaces, freinent l’oubli parfois.
Jacek est Polonais et vit à Dourges. Il vient de terminer l’école et rêve de descendre à la mine avec son père. Ici, dans le nord de la France, la main d’œuvre manque dans l’industrie après la guerre et les Polonais sont nombreux à travailler comme mineurs de fond. Mais jusqu’à quand la France aura-t-elle besoin d’eux ?
Angelica est Italienne et vit dans le Lot-et-Garonne, décimé depuis la guerre. Là, dans la ferme de ses parents, elle rêve d’autre chose que d’agriculture, mais son père acceptera-t-il qu’elle devienne imprimeur ?
João est Portugais et vit dans le Val-de-Marne. Son père, insoumis au service militaire a fui clandestinement la dictature de Salazar puis a fait venir sa famille en France. Il travaille dans les travaux publics mais sur les chantiers, désormais, il exécute ce qu’on lui demande sans réagir, même lorsque les conditions de travail sont déplorables. João ne supporte pas la lâcheté de son père.
Chaïma est Marocaine et vit à Marseille. A 15 ans, elle doit s’occuper de son grand-père car sa mère travaille. Il a fait la guerre en France, en tant que goumier et raconte l’injustice à sa petite fille.
“Ce que je connais le mieux maintenant, c’est moi. Tu traverses toute la planète et tu te rends compte que le plus grand voyage, tu l’as fait en toi.”
Ning, enfin est Chinois et est arrivé seul en France. Il a rejoint sa mère mais ne peut vivre avec elle, car elle n’a pas de papiers. Mineur isolé, il est pris en charge par les services sociaux, côtoient d’autre jeunes étrangers. Il construit sa vie en renonçant à ses rêves d’enfant. Il deviendra Français.
Que l’immigration soit choisie ou non, qu’elle soit conditionnée par la guerre, la pauvreté, ou le rapprochement familial, elle demeure une expérience singulière, souvent éprouvante que Valentine Goby retrace avec justesse mais qu’elle ne désolidarise jamais de la vie quotidienne et banale de l’enfant ou l’adolescent en général.
De cette proximité, de cette ressemblance naît alors une complicité. Et à venir, c’est certain, le sens de l’hospitalité.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 18/02/2018

