
Il pleut des étoiles dans notre lit
Ce petit livre est une aubaine pour les lecteurs amoureux de littérature nordique mais pas forcément initiés à la lecture de poésies. Il permet, de façon concise mais diablement alléchante, d’approcher des auteurs contemporains, de se faire une idée de leur écriture, de découvrir cinq ambiances nordiques particulières sans ressentir un seul instant, que la poésie puisse être réservée aux seuls initiés. Les textes choisis par André Velter composent un mélange sensible, ouvert, suffisamment diversifié pour séduire au-delà des seuls amateurs de poésie. Si le Grand Nord vous attire, laissez-vous porter sans appréhension par les mots de Tomas Tranströmer ou de Jan Erik Vold, voyagez sans crainte aux côtés d’inger Christensen et de Pentti Holappa et échappez-vous jusqu’en Islande avec Sigurdur Pálsson. C’est certain, à l’issue de ce petit ouvrage, vous profiterez de la bibliographie proposée pour prolonger le voyage en Scandinavie, voire même jusqu’en Finlande…
S’il s’avérait nécessaire de trouver quelques similitudes entre les cinq poètes réunis dans ce recueil, la Nature, le rythme des saisons et la particularité de l’hiver, sombre et long pourraient être des éléments communs mais chacun, à sa manière, a su les mettre en forme.
Ainsi, chez Inger Christensen, danoise, le mouvement de la nature s’exprime à partir de constructions mathématiques, linguistiques et alphabétiques. Le corps de ses poèmes est rigoureusement défini.
« Comme une mer gris ardoise
Plaine d’hiver mon cerveau
Dans l’espace »
Pentti Holappa, autodidacte, profondément mélancolique, se sert des détails du quotidien pour exprimer ses doutes et ses angoisses.
« L’hiver si long, par les glaciers l’âme dérive,
Salle de hautes voûtes blanches où vibre le vide,
Touchant au froid absolu, la mer devient plus lente. »
Le dernier prix Nobel de littérature, Tomas Tranströmer, psychologue de profession et poète en parallèle, est un homme ordinaire qui écrit justement sur l’ordinaire, le quotidien, qu’il transforme en images et métaphores parfaitement maîtrisées.
« La Suède est un bateau qu’on a tiré
A terre, dégréé. Ses mâts se dessinent âprement
Sur le ciel crépusculaire. Et le crépuscule dure plus longtemps
Que le jour. »
Jan Erik Vold, oscille entre jazz et poésie, profondément moderne, inclassable sans doute et indomptable. Se moque des convenances, souvent en rupture. Une poésie rythmée, presque scandée, avare de mots.
« Rien
Ne vient
De rien, comme quand un ruisseau
Devient
Une rivière
Qui
Se jette
Dans l’océan, d’où
L’eau
Monte
En vapeur, tombe
En flocons
De neige et redevient
Ruisseau
Rivière
Océan, tu sais – De
Rien
En
Rien, comme si rien
Ne s’était passé »
Pour finir, le poète et auteur dramatique islandais Sigurdur Pálsson, qui a longtemps vécu en France, et a même écrit une comédie musicale sur Edith Piaf.
« Enfin une douce pluie
Après la bourrasque de grêle du Vendredi Saint
Douce pluie et temps calme
Les semelles de caoutchouc donnent des baisers qui claquent
Au trottoir »
« La poésie donne des droits », écrit Pentti Holappa. Hâtez-vous de les prendre ! « Le sentier du poème et de la saga est toujours ouvert et libre » ajoute Sigurdur Pálsson. Aussi empruntez-le. Sans hésiter. Avec bonheur. Puis de nouveau.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 28/04/2012


