
L’inconnue du portrait
résumé
Gustave Klimt et le tableau Backfisch ne sont que le prétexte à cette œuvre romanesque ; vous n’apprendrez rien de plus sur ce peintre et sur le portrait de la jeune femme que ce qui est mentionné en préambule.
En revanche, si l’ambiance autrichienne de Vienne et ses environs au début du XXème siècle vous attire, si l’univers du monde boursier à l’aube du krach de 1929 soulève votre curiosité et enfin si une intrigue familiale de près d’un siècle entre deux continents promet une évasion captivante et mouvementée (mais sans être forcément sublimée par une écriture originale), alors sans hésiter, prenez le temps de la distraction et savourez cette histoire agréablement rythmée.
Une construction bien organisée qui mélange époques et lieux différents sans jamais perdre le lecteur mais capable de retarder efficacement les soubresauts de l’histoire et offrir au roman des couleurs d’enquête policière (au charme désuet) divertissante. Jusqu’à la dernière pièce du puzzle.
Trois personnages principaux, attachants mais un peu fades, certes plus finement dépeints au démarrage de leur existence, intégrés à un monde en profonde mutation, racontent, à leur manière et par petites touches, la fin de la révolution industrielle, les guerres mondiales, l’émergence de la société de consommation, la croissance économique et les crises financières.
La place de l’Art reste assez secondaire et le tableau mystérieux, le fil ténu des chapitres entre eux.
A travers des scènes très visuelles et vibrantes de la vie ouvrière autrichienne et de la condition des jeunes filles-mères au début du XXème siècle, aux enfants cireurs de chaussures à Manhattan, le lecteur suit les destinées de Martha, Isidore et Pearl, jusque dans les méandres de la Grande Dépression puis de l’Amérique contemporaine, industrielle et financière mais cette fois, le charme semble s’atténuer et les personnages perdre un peu en consistance. De plus les rôles secondaires sont trop évanescents pour soutenir la force du récit dans la durée et l’écriture, pourtant fluide, semble éteinte parfois et peut décevoir ça-et-là.
Finalement la puissance d’imagination de Camille de Peretti offre une lecture divertissante et agréable au sein de laquelle Gustave Klimt n’aurait pas trouvé la place qui aurait dû lui revenir. Mais c’est une affaire de point de vue. Schiller écrira au-dessus de l’œuvre Nuda Veritas : « Si l’on ne peut par ses actions et son art plaire à tous, il faut choisir de plaire au petit nombre. Plaire à beaucoup n’est pas une solution. »
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 27/12/2025


