
La colline
résumé
Jeter les ordures
Plus que le suspense ou l’intrigue, c’est l’atmosphère foncièrement noire, âpre et glauque qui ébranle, oppresse, indispose. Si par moments une lueur surgit, elle ne suffit pas à absorber les hauts le cœur du lecteur. Et pourtant, ce livre reste difficile à lâcher.
Sous tension permanente, l’écriture sèche, cinglante et en même temps d’une précision saisissante révèle une histoire d’un réalisme authentique et sordide qu’une construction chorale s’appliquer à amortir. Si peu malgré tout.
Dans une banlieue rennaise défavorisée, plus précisément boulevard de Bulgarie, le corps d’un nouveau-né est retrouvé vivant dans une benne à ordures. Non loin de là, dans un appartement miteux, une jeune fille est en proie à une hémorragie. Elle se nomme Monroe, elle a 17ans. Elle est enfermée dans sa chambre. Par sa mère, “cheveux gras, haleine de cigarette froide et dents jaunes.”
Tous s’interrogent, à tour de rôle. Le vieil homme qui a découvert le corps du bébé, les pompiers qui l’ont sauvé d’une mort certaine, l’aide-soignante à l’hôpital, la police qui auditionne les témoins et l’entourage.
En parallèle, recluse dans sa chambre, Monroe, affaiblie et chancelante se souvient de sa grossesse, là-bas, dans la maison de Madeleine, sa grand-mère au lieu-dit le Rocher, loin de la ville hostile, “au milieu de nulle part”. Elle se dérobe à l’horreur immédiate, s’accroche à la vie.
Au cœur d’une noirceur épaisse et violente, Madeleine flamboie, rassure et apaise autour d’elle. Empreinte d’une grâce bienfaisante, d’amour maternel. “Ses rides fines, ses joues rouges et creuses, ses paupières tombantes qui ne gâchent pas son air de bonté.”
Rythmée sur quatre jours seulement et 300 pages, l’intrigue déploie une densité et une force remarquables à travers notamment un sens du détail saisissant (parfois suffocant) sans pour autant ralentir la fluidité du texte ni atténuer l’attention du lecteur, totalement sidéré.
Les bribes d’histoires qui construisent les personnages secondaires (le pompier, le vieil homme, l’aide-soignante ou encore le voisin de Madeleine) sont sans doute un peu moins convaincantes que celles qui pulvérisent la famille de Monroe mais elles permettent aussi de libérer parfois des instants de vie plus ordinaires et moins brutaux. Des pauses dans l’insoutenable. De l’humanité dans la barbarie.
Ainsi La colline est à lire. Mais ensuite il faudra chercher la lumière ailleurs…
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 17/05/2026


