Sur les rayons des bibliothèques, je vis un monde surgir de l'horizon.

Jack London

  • Coup de cœur
    Couverture du livre: Le couteau

    Le couteau

    par Jo Nesbø

    Même si le 12ème opus de la série Harry Hole est relié à la précédente enquête (La soif), si des personnages désormais familiers surgissent et agissent à nouveau dans cette nouvelle histoire toujours aussi sombre, il n’est jamais trop tard pour pénétrer l’univers de Jo Nesbø (traduit par Céline Romand-Monnier) et s’y maintenir dès l’abord, ardemment et pour longtemps ensuite. Sans conditions.

    Car, tant que Harry Hole vivra, souffrira et excellera dans la résolution des affaires, tant qu’il parviendra à rester aussi proche du lecteur, anti-héros par excellence absolument fascinant, tragique et désarmant, il continuera à captiver et envoûter une grande partie de la planète.

    “Son cerveau entier n’était plus qu’un vaste centre de douleur »”

    Et pourtant, Harry Hole va mal. 50 ans déjà et 25 ans d’enquêtes criminelles derrière lui. Il n’est plus inspecteur, affecté désormais au service mineur des affaires classées. Paumé, déchu et alcoolique. Seul. “Je me suis trompé. Je n’ai pas tout perdu. J’ai encore la haine.” Et obsédé par Svein Finne, un psychopathe qu’il avait arrêté et qui vient d’être libéré.

    “L’alcool est en train de dévorer tes finances comme ta mémoire.”

    De moins en moins sobre, victime de troubles de la mémoire inquiétants, Harry se retrouve cette fois simultanément la victime collatérale, le suspect et l’enquêteur non autorisé d’une affaire criminelle qui peut l’anéantir à jamais. L’assassinat d’une femme. Sa femme.

    Sans dévoiler une intrigue très dense et magistralement rythmée, le lecteur est plongé dans une histoire intime et douloureuse où s’entremêle la réapparition de Svein Finne, où s’imbriquent des événements surgis d’Afghanistan, où s’impliquent des collègues de travail et d’anciennes relations féminines de Harry, où Jim Beam, Dawson et grande solitude, volutes de fumée et bande-son tumultueuse des Ramones, Byrds ou Hellacopters rendent plus perceptible encore l’atmosphère explosive et tendue, glauque et désespérée du roman.

    Structuré avec une brillante rigueur, le suspense psychologique s’amplifie au fil des pages, riche de multiples rebondissements, de fausses pistes habiles, de légers flash-backs. Aucun temps mort, le lecteur est pris de vitesse, en proie au doute permanent, déstabilisé par chaque revirement, manipulé et bluffé par le talent et la puissance d’imagination de Jo Nesbø, parfaitement maîtrisés.

    La lecture devient enivrante, addictive, émotionnelle ; le lecteur ne sait plus où donner de la tête. Jusqu’à la fin, inattendue. Mais incontestée.

    Et ce qui réjouit le plus après ce moment d’intense plaisir vertigineux (que l’on quitte toujours à regret) c’est qu’il n’est pas ultime. Pas encore. Annonciateur déjà un 13ème tome haletant.

    Harry Hole, on le respire. Une vraie dépendance romanesque qui ne faiblit pas au fil des années. “De nouveau elle se fit la réflexion que ce que Harry Hole avait de mieux, c’était qu’il sentait bon. Pas un parfum chic ou la fraîcheur des forêts vertes et des prairies. Parfois, il sentait les lendemains de cuite, et elle avait occasionnellement perçu des relents corsés de sueur, mais globalement, son odeur avec quelque chose de bon sans qu’elle puisse la définir. C’était lui.”

    Cécile Pellerin - Chronique publiée le 22/09/2019