
Perfect day
résumé
La mort m’a rendu vivant
C’est un roman insaisissable, déroutant, troublant dans lequel l’inquiétude de celui qui lit demeure prégnante en continu. Enigmatique, toute en tension, l’histoire se déploie, sinueuse mais habilement construite. Elle invite le lecteur à émettre des hypothèses, à se questionner sans cesse sur l’enquête, à déjouer les fausses pistes mais sans pour autant entrevoir clairement l’issue finale. Il en ressort alors, troublé et éprouvé.
Hiver 2017. Ann Lesniak a failli mourir en apprenant que son père aimé et aimant, célèbre professeur de philosophie et d’anthropologie, était suspecté du meurtre de dix petites filles. Sa douleur est incommensurable. “Ça fait tellement, tellement mal. C’est une douleur qui m’arrache les membres, qui m’écartèle. Une douleur qui donne des ratés à mon cœur et rend ma tête folle, et je ne veux plus de tout ça, je n’en peux plus.”
Orpheline de mère, très tôt dans l’enfance, Ann a toujours pu compter sur son père. “Tu m’as consolée quand je pleurais à cause de maman. Tu m’as laissée tranquille quand je la détestais et l’envoyais au diable. C’est toi qui m’as fait des tresses et m’as raconté des histoires pour m’endormir. Tu m’as expliqué ce que ça voulait dire de devenir une femme…”
Aussi, même si Ludwig, avocat brillant et ami de la famille reprend du service pour son ami Walter Lesniak, désormais incarcéré, Ann décide elle-même de lever les doutes et de prouver l’innocence de son père. C’est une urgence vitale.
Epaulé par Eva son amie d’enfance et ex-voisine puis par Jakob, jeune journaliste, elle entreprend une quête effrénée et absolue vers la vérité. Les chemins multiples qu’elle emprunte, souvent violents et parfois terrifiants ébranlent sa santé mentale, troublent la réalité et égarent le lecteur à plusieurs reprises. Mais nul n’abandonne, chacun soutenu et encouragé par l’amour filial d’Ann.
Porté principalement par la voix douloureuse d’Ann, le roman s’exprime aussi à travers un Nous étrange et mystérieux puis de plus en plus inquiétant, entremêlé d’enregistrements du suspect et de quelques flash-backs, pour s’achever par les lettres d’une fille à son père.
La diversité narrative apporte à l’histoire un rythme haletant et captivant, évite tout ennui, sème la peur et la confusion.
Peut-on trouver du sens alors à la folie humaine qui semble vouloir se dessiner, “une prothèse pour un corps estropié” ?
Une lecture finalement assez incommodante, qui perturbe un moment, après son achèvement.
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 17/10/2026


