
Chevauchées afghanes
résumé
Dans les hauteurs de l’Hindou-Kouch
Ce livre documentaire retrace deux expéditions en Afghanistan en 1972. D’un autre siècle, anciennes de plus de 50 ans, entreprises donc par un explorateur d’un autre temps, François Balsan, industriel, ethnographe et grand voyageur, elles portent en elles la nostalgie d’un pays en paix, de territoires peu ou pas fréquentés par les Européens et d’un style littéraire légèrement désuet qui peut surprendre mais retient notre intérêt.
“Un pays où les fusils ne servaient qu’à se défendre contre les loups qui attaquaient les troupeaux.”
Tantôt érudit, tantôt brusque, ça-et-là romanesque ou alors plutôt scientifique, le récit rend compte des paysages parcourus, des populations rencontrées, des difficultés traversées dans un environnement souvent inhospitalier au-delà de 3000 mètres d’altitude.
Sans jamais vraiment s’appesantir sur ses souffrances personnelles (François Balsan a quand même 70 ans, une hanche défectueuse et mourra quelques mois plus tard), l’auteur avance, sans héroïsme mais impavide, déterminé et infatigable, avec la ferme intention de confirmer (ou non) l’itinéraire emprunté par l’officier français Jean-Paul Ferrier lors de sa traversée de l’Hindou-Kouch en 1845 et que l’archéologue belge André Maricq, 100 ans plus tard, n’a pas su retrouver.
Muni d’autorisations spéciales fournies par le vice-ministre des Affaires étrangères de l’époque, il va parcourir des territoires quasi-inconnus des Européens, notamment l’extrême nord du Badakhchan.
La première partie de l’expédition d’une durée de deux semaines environ et longue de 335 kilomètres s’effectue principalement à pied sur les crêtes centrales de l’Hindou-Kouch, aux abords de la rivière Band-e Amir.
Entourés par deux compagnons de route afghans dont un jeune interprète*, Balsan part à la rencontre des populations Hazâras et Aymâqs, majoritaires dans cette partie de l’Afghanistan, dépeint l’hospitalité ancestrale des Afghans, les vestiges archéologiques dont il se met en quête (ruines antiques de l’Empire ghaznévide), les aléas du voyage (moments les plus intéressants) et les paysages traversés, usant de descriptions souvent bucoliques un peu surannées. “ Ici, la Band-e Amir pénètre un tapis de verdure, se coude comme un mont trapézoïdal et décrit une large boucle avant de repartir au Nord. Secouant sa longue captivité, elle s’étale, miroite en retrouvant le calme. Autour d’elle se pressent d’opulentes cultures. Et de blanches demeures d’argile meublent deux buttes séparées. C’est un cirque de toute beauté […] Il fait bon cheminer dans cette verdoyante vallée enclose par des monts fauves.”
Dans la seconde partie, à peine reposé (il a perdu six kilos), il repart, cette fois à dos de cheval dans le nord du Badakhchan avec d’autres guides recrutés en chemin. Le voyage est un peu plus long en jours comme en kilomètres., cette fois-ci mené sans interprète, “mon mauvais dari me suffira”.
Un peu plus expressif, il dévoile ses agacements, notamment lors de certains échanges déloyaux avec les guides qui vont l’accompagner, il s’attarde davantage à dépeindre la vie autochtone autour de lui, plus précisément le mode de vie des Tadjiks et des campements nomades koutchis qu’il croise le long du chemin.
Enfin, plus longuement et à plusieurs reprises, il concentre son attention sur la flore inédite des hauts plateaux. “Eremurus roses, satiçak, torons immaculés, euphorbiacées, samandik, boutons d’or et férules, kâmol, du même jaune, qui atteignent une taille de deux mètres avant de casser. Et j’en passe !”
A la richesse variée de ces expéditions, à la fois humaines, géologiques, archéologiques ou botaniques s’ajoute un nombre important de photographies en couleur prises sur place par l’auteur lui-même. Ces clichés permettent au lecteur de mieux se représenter les espaces parcourus, les personnages rencontrés, loin de toute modernité Des cartes retracent également étape par étape l’itinéraire du voyageur, aident à mieux situer et suivre le chemin emprunté.
Dans cet ouvrage pluriel, le lecteur avance ainsi avec une curiosité soutenue même si parfois l’afflux de précisions un peu érudites (pour un lecteur ordinaire), freine le rythme et place en second plan l’intérêt porté aux habitants et à leurs traditions et à tout ce qui donne vie à ces territoires inconnus.
Enfin pour ceux qui veulent poursuivre le voyage, Youssof, l’interprète de l’expédition dans l’Hindou-Kouch, a ouvert un restaurant à Paris, l’Afghani et la richesse des arts populaires de l’Afghanistan, notamment celle des textiles est à découvrir dans les deux ouvrages de Bernard Dupaigne publiés chez le même éditeur.
https://www.ginkgo-editeur.fr/product-page/afghanistan-l-art-au-quotidien-t-1
https://www.ginkgo-editeur.fr/product-page/afghanistan-l-art-au-quotidien-t-2
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 12/09/2026


