
Les révérentes
résumé
Deux femmes puissantes
1er roman de l’Américaine Addie e. Citchens, Les révérentes nous plonge dans une petite ville imaginaire du Mississipi au sein de laquelle l’église baptiste dirigée par le révérend Sabre Winfrey concentre une partie des habitants afro-américains, telle une véritable communauté. “La plus fournie de toutes les congrégations.”
Si elle relie les gens entre eux, est un repère pour nombre de fidèles, elle peut aussi se montrer dominante, arrogante et hypocrite lors des prêches dominicaux animés par le charismatique révérend, riche homme d’affaires dont le pouvoir dépasse son église. “Heureux propriétaire de la station de radio […] ainsi que du traditionnel salon de barbier […] il possédait des maisons dans toutes les rues du quartier […] entraîneur de l’équipe de football américain. » Son omniprésence, sa richesse et son influence lui offrent une carrure politique incontournable et oppressante, voire tyrannique et perverse.
Epoux de Priscilla Stringer “La Première dame” et père de cinq garçons qu’il élève selon la parole de Dieu, il règne sur la petite ville de Dominion. “A la femme, Il (Dieu) a donné un utérus, et à l’homme la domination.”
A travers les voix de deux femmes, celle de Priscilla, l’épouse soumise mais lucide et celle de Diamond, jeune femme d’un milieu social modeste amoureuse du plus jeune fils du révérend, Wonderboy, se dessinent avec brutalité les dérives relationnelles d’emprise et de perversité de deux hommes envers les femmes en général et la difficulté pour ces dernières de s’en détacher pour se libérer. C’est ce cheminement que l’auteure raconte avec précision, un franc-parler éclatant et une justesse de propos, fascinante.
“J’étais malade de voir à quel point l’amour m’avait rendue vulnérable, une fois de plus.”
Addie e. Citchens ne minimise rien, ni les faiblesses et l’asservissement de ces deux femmes pourtant fortes, ni les horreurs et les humiliations de ces hommes que la puissance, le sentiment d’impunité et les privilèges semblent pouvoir légitimer.
Elle met en scène, jusqu’à un point de non-retour, des existences en dérive et laisse poindre la délivrance, la possibilité d’une autre vie, le début d’un renouveau. “Je me sentais coupable, mais aussi soulagée d’être enfin honnête avec moi-même.”
Une écriture parfois crue, drôle et très visuelle soutenue par un rythme effervescent qui s’intensifie au fil des pages, monte en puissance, à l’instar des deux héroïnes. Comme une revanche, ce livre élève et rend plus forte. “Je m’en irai, et je laisserai toute cette merde derrière moi.”
Cécile Pellerin - Chronique publiée le 28/10/2026


